01.10.2007
FEUILLETON DILEMMESQUE
SOUS LES SAULES DECHARNES
Deuxième partie.
- " Lionel, donne-moi la main...Je manque de courage, petit frère."
- " Viens, ma Lyly ; je suis là."
Tous deux s'avancèrent vers l'entrée de la salle funéraire, afin de rejoindre les sièges qui leur étaient réservés. Les deux " enfants" de la défunte, furent surpris par la présence de tant de personnes.
" Qu'est-ce qu'ils ont à nous regarder comme cela, ces vautours de la douleur... Heureusement que Lyly est là, c'est pour elle que je suis venu. J'espère que ca ne va pas être long."
Un homme se leva et monta sur une chair qui tronait là. C'était le meilleur ami de la morte.
" Mon dieu, il ne manquait plus que ce brave Gustave de la Villandière...Purée... Elle nous aura tout fait. Qu'est-ce qu'il va dire sur elle ?
Mathilde, alias Nana sur les trottoirs, seconde épouse de Feu Ludovic Demazière, industriel véreux de son état, était une femme extraordinaire. En effet, après avoir passé dix ans, en tant que putain sur les trottoirs d'une petite bourgade dans le Nord, et s'être fait engrosser par un de ses innombrables clients , elle réussit à se faire épouser par ce riche homme d'affaire, qui l'avait croisé au hasard d'une chambre d'hôtel minable ! Un vrai conte de princesse, vous dis-je.
Elle donna ainsi à son fils Lionel, le père qui lui manquait, et ateignit ainsi la vie de luxe qu'elle rêvait depuis sa tendre enfance. Mettant au monde deux ans après une petite fille Lyly, ils formèrent jusqu'à la mort, une famille heureuse, unie....au moins en apparence. FIN."
De la Villandière commença son hommage :
Mathilde, était une femme extraordinaire. Elle ne croyait pas en Dieu, d'ailleurs c'est pour cela que nous nous retrouvons ici ; elle me répétait souvent :
- " Mon cher ami, Dieu est une invention de certains hommes au pouvoir, afin de contraindre les plus pauvre à rester dans leur condition et à en être fatalistes !"
Oui, c'était tout Mathilde, ce franc-parler, qui dérangeait souvent...
" Tu parles ! Elle n'avait pas de place pour la spiritualité, car son âme croulait sous le stupre ! "
La cérémonie dura une heure environ, durant laquelle, quelques amis intimes de Madame Demazière défilèrent pour lui rendre hommage. Après l'avoir accompagné à sa dernière demeure, tout le monde se retrouva dans la propriété famillale pour une collation. Lionel n'en pouvait plus de toute cette foule, dont il dédaignait les égards, car il apparentait cela à de la pitié. Il voulait fuir, surtout cette maison qui lui rappelait trop de souvenirs...Avec Elle. Et les verres d'alcool se succédaient entre ses mains...
- " Lionel, que fais -tu dans le jardin ? Viens, on doit saluer quelques personnes."
- " Non. Je n'ais pas envie de replonger dans cette macération de curieux. J'en ai assez. Je vais rentrer."
- " Quoi ? Tu ne peux pas encore t'en aller ! Les gens arrivent à peine, et on doit être des hôtes exemplaires."
- " Dis moi Lyly, tu n'en a jamais eu marre de jouer le clone de maman ? Arrête avec tes protocoles de bourgeoise coincée !"
- " Lionel ! Mais tu es saoul ! Allez viens, tu es bouleversé. Viens on nous attend."
- " Fiche moi la paix ! "
Il se dégagea violemment des mains que sa soeur avait passé autour de son bras.
- " Doucement, Lionel, les gens nous regardent."
- " Et bien qu'ils regardent, ces braves gens ! Qu'ils se repaissent de scandales comme ils aiment ! Venez venez ! Petits Petits ! Petits ! Venez entendre la vrai version, celle salit par la merde et l'hypocrisie ! Et non le magnifique conte enrubanné comme un bonbon rose, qui vous est servit sur le buffet chinois à 10 000 euros! "
- " Calme toi, je t'en prie ! Tu me fais honte ! "
- " Honte ? C'est moi qui te fais honte ? Ma pauvre Lyly, tu as toujours été un tantinet naïve. Mais je t'aime , je t'aime ! Mais ne me demande d'honorer la mémoire de cette femme ! ..."
- " Ca suffit ! "
- "...De cette femme ! Cette catin férue de bijoux cart..."
Une cinglante gifle l'empêcha de terminer sa phrase.
- " Comment oses-tu ? Pourquoi fais-tu cela à maman ? "
L'homme la fixa. Son regard devint noir ; Lyly n'avait jamais vu cette lueur dans les yeux de son frère..Jamais autant de colère, de haine...de douleur.
- " Je n'ais jamais eu de mère. "
Et il s'en alla sous les regards médusés de l'assistance, en jetant violemment le verre qu'il avait à la main, et qui se cassa sur le chemin dallé menant à la sortie.
DILEMMA
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24.09.2007
FEUILLETON DILEMMESQUE
SOUS LES SAULES DECHARNES
Première partie
Sale temps pour un enterrement...de circonstance quoi. Heureusement que j'adore l'orage. Mais qu'est-ce qu'il fout le feu ! Il en prend du temps pour passer au vert ! Ca n'a même pas encore commencer et j'en ai déjà marre...Je ne peux pas y échapper, je suis quand même "le fils de la défunte", j'aurais pu me passer d'une telle notoriété... Ouais, ils me font chier, ces gens que je ne connais même pas, à me faire des visages cafardeux en croyant que j'en ai quelquechose à foutre de tout ca ! Triste, moi ? pas du tout. Je suis le fils, et en tant que tel, je me dois d'être abattu, du moins en public....pour ne pas faire désordre. Je ne pleurerais pas pour Elle.
J'ignorais que tant de personnes la connaissaient, ou l'appréciaient...Ils sont tous tristes, on dirait... Pathétiques !
Comme s'ils ignoraient, qu'avant d'être cette "dame bcbg", ma mère était une pute.
Et c'est ainsi qu'elle restera , à mes yeux ; Même au fond d'une tombe en marbre d'Italie et gravée de lettres d'or massif ! Une pute...
DILEMMA
18:11 Publié dans nouvelles | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
20.09.2006
Et voilà !
J'ai posté l'acte 6 et le dernier acte de la nouvelle intitulée " La Reine " ( oui, je sais...Enfin ! ) bonne lecture !(^_^)
Dilemma
18:02 Publié dans nouvelles | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
LA REINE
Dernier acte.
La première réjouissance du week-end, était un dîner où quelques amis intimes de De Condé furent conviés. Dagmar ne fut pas déçue par la beauté de la salle à manger qui ne dérogeait pas à la magnificence de l'habitation. On lui présenta un Comte parisien, un président d'une compagnie d'import-export, une veuve qui était à la tête d'une importante plantation de coton et un enigmatique poète viennois ; la jeune femme remarqua qu'ils avaient tous un point commun : l'exentricité. Le dîner se passa tranquillement ; rires et discussions sérieuses se mêlaient sans complexe. L'invitée d'honneur se sentait si bien, qu'elle en oubliait même la raison de sa venue. Mais il y avait une personne qui y songeait constamment : Maxence, jusqu'à présent calme, avait du mal à cacher son énervement grandissant. Il était piqué à vif, car on ne faisait pas grand cas de sa présence en ces lieux, pire encore, De Condé ne lui avait toujours pas accordé une entrevue. Durant le dîner, il n'avait fait qu'exprimer son amertume en vidant successivement les bouteilles d'alcool. Sa colère éclata, lorsqu' il vit Dagmar rire aux éclats, sans retenue, sans peur...Sans se soucier de lui.
- " Catin...sous vos airs de grande dame..vous êtes et resterez une catin ! Et tout le monde le sais à cette table ! Catin ! "
Le jeune femme fut prise d'un violent tremblement, qui la ramena dans une réalité qu'elle avait un court instant fuit.
- " Catin ! Catin ! "
- " Cessez, Monsieur ! Vous nous plongez tous dans la honte. Présentez vos excuses à ces Dames, je vous prie." tonna Edouard De Condé.
L'homme saoul se leva, il tenait à peine debout.
- " Vous...Voulez-vous...que je vous montre ce que c'est qu'un homme, Madame ? "
Dagmar serra les poings. Il ajouta en éclatant de rire :
- " Vous avez raison de garder le silence ! Car, à vrai dire, je n'ignore plus rien de vous dans ce domaine ! "
- " Suffit ! " cria leur hôte, en empoignant Maxence par le cou.
Mais la jeune femme intervint rapidement, afin que le scandale ne puisse se prolonger.
- " Pardonnez-le.. Il est sous l'influence néfaste de l'alcool. Allons, Monsieur, lachez-le...Je vous en prie..Edouard..."
Au son de ces dernières syllabes, De Condé comprit que Dagmar lui demandait une faveur. . Il en ignorait l'importance, mais devina que c'était chose importante pour elle.
- " Allez, Monsieur. Mon domestique vous raccompagne dans votre chambre. Nous ne voulons plus souffrir de vos infamies... Mesdames, messieurs, veuillez excuser le comportement de ce rustre.."
- " Quel grossier personnage ! " s'indigna l'autre femme.
Bien que l'heure ne fut avancée, les invités s'éclipsèrent, déçus et indignés par cette facheuse circonstance. Alors que Dagmar restait, assise, encore pétrifiée par les indiscrétions de son frère, Edouard ajouta :
- " Je sens qu'il se cache des tragédies au fond de votre coeur, Madame...J'en ignore les raisons, mais ce soir.. j'ai vu une infinie tristesse dans vos yeux...Et malgré cet incident, j'ai passé en votre compagnie une excellente soirée. "
- " Oui, c'était une soirée exquise jusqu'à ce..."
Elle éclata en sanglots. Il s'approcha d'elle et elle déverssa sur son torse toute la rage liée à son existence. Elle voulait le sentir encore plus près de son corps, car auprès de lui, elle était nouvellement en sécurité..loin de tout. Dagmar lui prit la main afin de l 'inviter à monter dans ses appartements. Mais à sa grande surprise, il résista.
- " Non, madame... Je n'ais pas pour habitude de combler la tristesse et les regrets...J'aime à aimer une femme libre de toutes obligations..Et vous... vous sentez obligée de me remercier par la chair..."
Interloquée, vexée et sans défense, Dagmar couru s'enfermer dans ses appartement, terrassée par cette vérité nouvelle. Elle ne comprenait pas l'attitude d' Edouard. Durant ces derniers mois, elle n'avait connu que l'amour vénal : habituant son corps à se soumettre , réussissant à enrayer chaque fois sa rebellion. Et là, cet homme déclenchait ce remous de passion et de sentiments dont elle ne connaissait ni la signification, ni la portée. Tout ce qu'elle savait, c'est que, Edouard De Condé était un élément dont elle devenait dépendante. Durant toute la nuit, c'est à cela qu'elle songea ; La torture de cette analyse était telle, qu'elle fit ateler sa voiture et partie avec ses gens au petit matin sans prévenir le maître des lieux.
Plusieurs mois passèrent sans que Dagmar eu des nouvelles d' Edouard de Condé. Elle avait reprit, avec un certain regret sa vie de courtisane et sa réputation au sein des cercles les plus huppés ne faisait que grandir. Elle ne l'avait pas oublié... simplement mit dans au coin de son âme, pour faire taire la douleur qui croissait chaque jour de son existence.
Cependant, en cette fin de printemps 1734, alors que Maxence était en voyage, elle reçu la visite de De Condé ! Lorsqu'elle se retrouva devant lui, elle cacha avec habileté son trouble et son bonheur.
- " Bonjour, Monsieur. Quelle est la raison de cette visite inattendue ? "
L'homme, surpris par cette froideur répondit néanmoins :
- " Bonjour, Madame. Après votre départ précipité, je n'ais cessé de penser à vous..votre tristesse..votre.."
- " Assez de mensonges ! Si vous me souhaitez dans votre lit, Monsieur, il vous faudra attendre quelques temps car mon carnet est plein."
De Condé s'avanca vers elle et la prit brutalement par les bras, la forçant ainsi à le regarder :
- " Arêtez de faire l'idiote ! De dire ces choses, de vous punir ! Vous m'en voulez, alors dites-le ! Mais ne vous cachez pas derrière cette femme glaciale et infame qui n'est pas vous ! "
- " Oui.. Oui ! je vous en veux ! Oui ! " cria la jeune femme
- " Pourquoi ? dites-le ! "
- " Parce que vous m'avez laissé partir..Vous n'avez plus donné signe de vie..vous étiez mon ami et pourtant..vous m'avez laissé repartir..." sanglota-elle.
Il la prit dans ses bras et sourit paternellement. Le fait qu'elle pleurait ainsi, lui donna toutes les réponses qu'il recherchait.
- " Enfant que vous êtes...si je n'ais pas donné signe de vie, c'est que je suis parti peu après votre départ en France pour affaires. Je suis arrivé la nuit dernière."
- " Vous ne m'en voulez pas ? "
- " Non..Parce que vous aviez vos raisons..Mais ceci est le passé. Dagmar...Je suis venu pour une raison précise...Venez vivre avec moi."
- "Co...comment ?"
- " Je suis venu vous chercher. Je voudrais que vous veniez vivre à Oak alley...avec moi..."
- " Et puis quoi ? Vous venez chez moi, et vous décidez que je dois partir avec vous, que je dois vivre avec vous, que je suis à vous ! Non Monsieur ! Non ! "
Edouard pris une mine grave et jeta comme une pierre :
- " Vous n'avez pas le choix. J'ai passé un marché avec De Séville...votre frère."
La jeune femme tituba, blanche comme un linge, elle fut contrainte de s'assoir.
- " Vous savez..."
- " Oui, je sais...Pour vous, j'ai cédé la moitié de la compagnie, une rente à vie et divers avantages financiers. J'ai fait cela pour vous."
Elle murmura :
- " Vous m'avez acheté...comme lui jadis."
- " C'est pour vous que j'ai fait cela ! Ma voiture nous atend . Allons, venez. Vos domestiques s'occuperont du reste. De toute façon, la maison a été mise en vente : vous ne pouvez pas rester.
Edouard n'oublia jamais le regard que Dagmar lui lanca à ce moment précis : Il était remplit de colère, d'incompréhension..de haine peut être. Il se demanda s'il n'avait pas commis une erreur en voulant faire son bien.
- " Et Maty ? Julia ? Marie et les autres ? que vont t-ils devenir ? Je vous en prie...Laissez-les moi..au moins.."
- " Ne vous inquiétez pas. Si vous le désirez ils viendront aussi. Maintenant venez."
Elle su qu'elle n'avait plus le choix, car même ce toit ne lui appartenait plus. Droguée par l'attitude d' Edouard et souffrant de ce choc, elle se laissa mener comme une enfant qu'elle était. Elle se reprocha, d'avoir une fois de plus fait preuve de naïveté. Elle avait cru qu'il la délivrerait comme un prince..tels ces personnages qu'on trouve dans les livres d'aventure.. Elle avait tout cru...Envisagé le meilleur...sauf qu'il lui apporterait le pire.
Julia, Maty, et Daniel étaient les seuls à rejoindre leur petite maîtresse. Les autres esclaves furent vendus et les deux servantes placées dans une autre famille. Ils furent peinés de se séparer ; D'ailleurs, trois mois après son arrivée, la brave Maty mouru dans sa case, terrassée par le chagrin et le changement. Julia ne fut plus la même après cette disparition. Elle se laissa mariée à Daniel qui la voulait depuis bien longtemps et accoucha de deux jumeaux. Grâce à la présence de Dagmar, malgré le changement qui les marqua à vie, ils menèrent une existence calme, loin des coups de fouets, des contremaîtres abusifs, des injures et des cris.
Leur maîtresse, quand à elle, menait une vie de recluse, partagée entre promenades, lectures et autres futilités. Quand elle ne s'occupait pas, elle tombait dans un sommeil lourd afin d'oublier...tout oublier. Cependant, elle s'était prise d'affection pour les esclaves de la propriété, surtout les femmes qu'elle visitait régulièrement. Bien qu'elle considérait n'avoir aucune ressemblance avec eux, elle se sentait liée à cette masse qui souffrait et peinait chaque jour. D'ailleurs, la majeure partie de ces derniers l'aimaient pour sa gentillesse et son calme. Sauf les esclaves des champs qui voyaient d'un mauvais oeil cette "putain métisse" dans la grande maison du maître.
La relation d'Edouard avec la jeune femme pris du temps à évoluer. Pendant plus d'un an, De Condé courtisa, essaya de se racheter, de prouver à Dagmar qu'il était remplit de remords. Ce fut inutile. Bien entendu, elle ne recevait plus d'homme dans son lit, et toute la Nouvelle-Orléans se demanda où était passé La Reine. Cependant, elle refusa sa couche à cet homme qui l'aimait. Il était désespéré. Mais un soir, elle pénétra dans ses appartements et se coucha dans son lit. Il resta immobile. Elle se blottit contre lui et s'endormit. Ce manège dura plusieurs semaines. Entre temps, Edouard se rendit compte que son désir pour Dagmar se transformait en un amour paternel : En la regardant dormir, pertubée par les cauchemards comme une enfant apeurée, il prit conscience qu'elle avait besoin de sécurité plus que d'amour charnel. A partir de ce jour, il s'acharna à refouler le désir qu'elle déclenchait en lui. Il commença à ne plus rentrer à Oak alley sous prétexte d'affaires le retenant ailleurs, à découcher. Dagmar souffrit énormément de ce changement ; elle n'était pas dupe, elle savait qu'il trainait dans les bordels de la région.
Elle n'avait pas tord, c'est le seul moyen qu'il trouva pour écraser l'envie d'elle qui le tourmentait. En s'énivrant du corps d'autres femmes, il avait l'absurde impression de la tromper et de s'éloigner d'elle.
Une nuit, où il était rentrer, Dagmar pénétra dans sa chambre.
- " Faites-moi un enfant."
- " Comment ? Vous n'êtes pas sérieuse ! "
- " Je suis très sérieuse, Edouard.. Je veux un enfant de vous..."
- " Non ! "
- " S'il vous plait..Edouard...Laissez-moi vous raconter une chose."
Et elle lui raconta tout ce qui s'était passé depuis son arrivée au port de la Nouvelle-Orléans : Le choc du changement, de Maxence, tout sur ce qu'il lui avait fait, son comportement..De ses peurs, de ses envies..de sa rencontre avec lui...Elle lui raconta tout sans retenue. Elle fut vidée, lorsqu'elle eu finit... soulagée et épuisée. Edouard garda jusqu'au bout le silence, assommé et écoeuré par certaines parties de ce récit. Il se contenta de la prendre dans ses bras et de s'endormir avec elle.
La vie parut moins pesante à Dagmar depuis sa confession, mais De Condé ne lui avait toujours pas donné de réponse pour le bébé.
Ne voulant pas le précipiter, elle attendait qu'il vienne à elle.
C'est ce qui arriva : Une nuit, il se glissa dans son lit silencieusement, et ils firent l'amour passionnément. Ils recommencèrent nuit après nuit, jusqu'au jour où la jeune femme fut enceinte. Edouard ne revint plus jamais dans le lit de Dagmar. Il s'était juré de lui offrir cet enfant, car elle avait besoin de cela. Mais après chose faite, il ne la toucha plus et continua à veiller sur elle..comme un père...Pauvre Edouard ! Il n'a jamais su que Dagmar s'était habituée à lui, était même tombé amoureuse de lui et voulait élever cet enfant avec lui.
Lorsqu'elle s'aperçu de cela, elle capitula, baissant les bras, acceptant avec regrets la volonté d'Edouard. La future maman se consacra entièrement à la prochaine venue de son enfant. Alors qu'au fil des mois le ventre de la jeune femme s'arrondissait, la santé d'Edouard déclinait. Etait-ce la contrepartie à payer à la vie, pour avoir ce bébé ? C'est ce que semblait penser Dagmar apeurée et abattue. Le médecin avait peu d'espoir.
- " Dagmar...approchez-vous... voilà...Il me meste peu de temps.."
- " Ne dites pas cela..Je vous en prie !" pleura t-elle
- " Ecoutez-moi... Il faut que vous m'écoutiez : J'ai pris mes dispositions pour vous et l'enfant.. Cependant la loi ne vous permet pas d'hériter, donc j'ai nommé mon plus fidèle ami..vous vous souvenez le poète au dîner.. Et bien il assurera votre protection et vos biens..Faites attention...Car il y a beaucoup de personnes qui détestent les métisses et les noirs.. Faite attention..promettez-le moi..."
- " Je vous le promet."
L'agonie de De Condé dura pendant 15 longs jours. Le dernier soir, les esclaves, réunis devant la maison chantèrent des chants m élancoliques pour accompagner l'envol de leur maître qui avait été si bon avec eux, malgré l'absurdité de leur condition.
- " D..Dagmar...dites-lui..dites-lui que je l'ais voulu et qu'il doit espérer et attendre que le monde change.."
- " Edouard..Ne me laissez pas..Je vous en prie ! J'ai besoin de vous ! Edouard ! Edouard ! "
- " Laissez-moi partir...Ma chérie..."
- " Edouard ! Edouard ! "
Les esclaves racontèrent qu'il n'y eut jour plus triste à Oak alley, où l'on vit cette jeune femme au gros ventre, ceinturée dans sa robe noire qui dénotait avec la vie qui grandissait en elle. Non, il n'y eut rien de plus triste ici...que le jour où le maître De Condé fut enterré, pleuré par une veuve même pas veuve qui portait son enfant.
Richard Alexander O'Malley De Condé naquit le 10 Octobre 1736, accueillit par les chants des esclaves. Il ressemblait étrangement à son père, et avait hérité des yeux tristes de sa mère.
Dagmar pleura à jamais Edouard De Condé et se consacra à l'éducation de leur fils. Elle voulait qu'il sache qui était son père. Il grandit avec le fantôme de ce dernier.
Alors que la colonie devint la capitale économique de la Louisiane, Dagmar décida de quitter la Nouvelle-Orléans avec son fils ; Elle retournait en France. Elle voulait lui faire connaitre son pays natal, sa grand-mère, son histoire. Edouard avait acheté une propriété en Provence, au cas où la situation de la région deviendrait critique. Elle ne voulait pas s'éloigner de lui, encore moins éloigner son fils de son père, mais partager leur vie entre ces deux rives.
Au début du printemps 1740, un cortège d'individus, composé d'une femme voilée tenant un enfant, deux esclaves et une domestique blanche montèrent à bord du "Fontainebleau"( ironie du sort?), accueillis par le même Capitaine sept ans plus tôt. Cette fois-ci, ce dernier ne vit pas une reine, mais une Mère certaine de son pas.
DILEMMA
17:57 Publié dans nouvelles | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
19.09.2006
LA REINE
Acte 6
A partir du jour où cet accord fut passé entre Dagmar et Maxence, l'atmosphère de la demeure changea complètement..enfin presque...: La jeune maîtresse ne restait plus enfermée dans ses appartements, et s'investissait complètement dans la gestion de la maison. Les domestiques et les esclaves ne se sentaient plus sous pression, car la jeune femme n'était pas aussi cruelle que le maître. Néanmoins, ils avaient tous peur d'un changement subit, un changement qui pourrait dégrader leur existence déjà malmenée.Ce changement vint sous la forme exquise d'une invitation. En effet, après plusieurs mois à collectionner les amants les plus illustres de la ville Dagmar s'était forgée une fameuse réputation. Cette célébrité lui valut le surnom de la Reine ; et un des hommes les plus riches de la région voulait avoir cette souveraine dans son lit à n'importe quel prix. Il s'agissait d' Edouard De Condé, propriétaire d'une des plus belles plantations du pays : Oak Alley.
La jeune femme accueillit l'invitation froidement, comme toutes les précédentes, car elle avait endossé cette armure d'indifférence, incassable semblait-elle afin de repousser le dégoût et engendrer le courage de mener l'existence qu'elle avait choisi. Mais Maxence fut abasourdi par une opportunité pareille, et semblait être pris d'une fébrilité précieuse à l'idée des retombées pour lui. En un mot il était bien plus ravi que la première concernée !
- " Tu te rends compte ! Nous ne pouvions espérer pareille occasion ! Edouard De Condé en personne, qui nous invite dans sa célèbre plantation !! Je n'ais jamais réussis à pénétrer dans son cercle, réputé pour être un des plus fermé ! Et toi... Et toi , en un tour de magie, tu réussis à y pénétrer ! Te rends-tu bien compte de cette chance, pour..nous..."
- " Non je ne me rend pas compte, mais à voir votre exitation, je suppose que cela signifie beaucoup d'argent et de relations comme bénéfice...Parlez-moi plus précisemment de ce Monsieur."
- " Et bien, c'est un colon français arrivé dans la région il y a quelques années, il a acquit plusieurs hectares de terre, dont le terrain où fut construite sa demeure. C'est un lieu exceptionnel ! Il est veuf, sans enfant. A ce qu'on raconte, il est amateur de belles femmes de tous genres. Et la moitié des putains de la Nouvelle-Orléans prétend porter son enfant ! "
Dagmar n'écoutait déjà plus les dires de son interlocuteur, elle s'asseya à son secrétaire pour rédiger une réponse :
" Monsieur,
Je suis honorée d'être votre hôte durant ce week-end de réjouissances."
DAGMAR
- " Dans trois jours, nous serons chez vous, Monsieur De Condé ..." ricana infantilement De Séville.
Afin de fêter l'arrivée de cette occasion , il se laissa bercer par la douceur d'une bouteille de wisky.
La jeune maîtresse avait regagné ses appartements depuis longtemps.
Alors que la nuit trottait d'un pas doux dans la brume naissante des bayous et venait caresser le sommeil sans rêve de Dagmar, Maxence se réveilla brusquement, violenté par ses habituels démons, drogué par l'alcool qui lui tambourinait les tympans d'une violente cacophonie. Sa folle et pitoyable errance, l'amena près de la chambre de sa soeur. Ensommeillé par le vice qui naissait entre ses reins, mais qui lui procurait néanmoins un absolu désir pervers, il poussa doucement la porte et se tint près de la couche de la jeune femme qui dormait profondemment. Il détacha sa culotte et brandit son sexe avide du corps de son propre sang.Il s'appliqua silencieusement à écarter les cuisses de la belle afin de voler une deuxième fois la vie de sa victime. L'homme se préparait à introduire sa verge criminelle, dans l'intimité vulnérable, lorsque subitement une dague froide, collée sur la carotide de son cou, stoppa net sa sale besogne : Dagmar, dont cette amie se cachait sous son oreiller, pressa de plus belle l'arme :
- " N'y penser même pas, Monsieur. Vous m'avez eu une fois, pas la seconde, ou je vous saigne comme un porc"
Figé par l'habileté et la rapidité de la jeune femme, De Séville perdait ses moyens.
- " Tu n'oseras pas.."
- " Ne me tentez pas, Monsieur...Allez fêter avec vos habituelles putains, votre futur succès. Ici, il n'y a plus rien pour vous. Ne me tentez pas... Je n'ais plus rien à perdre."
Cette dernière phrase fit tressaillir l'homme, qui se releva vexé et en colère devant sa défaite.
Dagmar brandissait encore l'arme, longtemps après le départ de son agresseur.
Elle savait que sa victoire n'en était pas une et que tôt ou tard, Maxence lui fera payer cette humiliation. Mais à sa grande surprise, malgré la torture que lui infligeait son ventre, elle se rendit compte, qu'elle n'avait plus peur de lui.
Durant les trois jours qui précédèrent le départ à Oak Alley, De Séville ne montra pas le bout de son nez, qui, sans aucun doute croupissait dans quelques bordels de la ville. Il réapparu au moment même où Dagmar s'apprêtait à monter dans sa voiture en direction de La Vacherie, lieu où se trouvait la plantation.
Le domaine de Condé était situé entre la nouvelle-Orléans et Baton Rouge, en pleine région rurale bien sûr. La jeune femme accompagnée de la fidèle Julia, ne se lassait pas des magnifiques paysages qui déroulaient sous ses yeux profanes : Des plantations de Canne à sucre et leur maison aux robustes colonnes blanchies, des champs à perte de vue, endormis par ce doux hiver, une campagne inconnue qui la faisait sourire, grâce à sa fraicheur, beauté, qui lui insufflait un vent exquis de liberté.
Après quelques heures, le voyage s'acheva au 3645 Highway 18, La Vacherie. La voiture emprunta un long et droit chemin bordé de chaque côté par des chênes, qui commencaient à former une voûte naturelle, comme pour prévenir le visiteur de la violente beauté à laquelle il devra faire face. Cette violence éclata au visage de la jeune femme, envahit ses entrailles pour ne plus jamais en sortir. En effet, au bout du chemin, se dressait, majestueuse et impertinente, la demeure de leur hôte. C'était une très vaste bâtisse blanche à deux étages, entourée entièrement d'un balcon vert. De grosses colonnes blanches, identiques à celles des temples grecs asseyaient la monarchie de la Dame. L'arrivante vit la silhouette d'un homme sur le perron. En descendant de la voiture, ce dernier vint à la rencontre des visiteurs et se dévoila : il était jeune, environ 33 ans, grand, assez bel homme.
- " Edouard de Condé. Je suis heureux de vous accueillir chez moi."
Il baisa la main de la jeune femme, intimidée malgré tout par la stature de son hôte. Il entrainait déjà Dagmar à l'intérieur lorsque Maxence leur emboita le pas.
- " Cher Monsieur De Séville, c'est donc à vous que je dois la venue et l'apparition de tant de beauté dans ma maison. Je serais ravi que nous discutions un peu plus tard dans mon bureau.. En attendant, mes domestiques vont vous conduire à vos appartements."
Après s'être reposée et rafraichie, Dagmar fut priée de rejoindre De Condé sur le balcon arrière.
- " Voulez-vous visiter mon domaine, Madame ? "
- " Avec plaisir, Monsieur."
Ils empruntèrent le majestueux double escalier qui habillait l'arrière de la maison ; Là, Dagmar put profiter à loisir de la beauté et de l'immensité du jardin, où fleurs, plantes et arbres dansaient follement mais avec discipline dans cet espace hors norme.
Au loin, elle vit différentes petites habitations qui servaient probablement de résidence aux contremaîtres et autres employés de De Condé. Ils marchèrent un peu plus loin afin de profiter de la brume qui enveloppait timidement les grands chênes parsemés sur une partie du terrain. Vers la droite, il y avait des rangées de petites cases blanchies à la chaux, amassés en rang, d',où l'on pouvait entendre une douce et mélancolique musique.
- " Qu'est-ce que c'est ? "
- " C'est le quartier de mes esclaves."
La jeune femme fut choquée par cette réponse et se reprocha sa naïveté. Malgré le charme et les bonnes manières de l'homme, elle ne put s'empêcher d'être dégoutée un peu par la situation. Voyant qu'elle ne disait plus un mot, ce dernier reprit :
- " Qu'avez-vous ? Ais-je dis ou fait quelque chose qui vous a blessé ? "
- " Non, Monsieur.. Continuons cette visite..."
Il s'arrêta.
- " Dites-moi, s'il vous plait..." dit -il en la perçant de son regard vert.
- " Vos esclaves.... Je.. C'est la première fois que je suis directement confrontée...vous comprenez..Je..."
- " Je comprend...Mais...Vous savez, je les traite bien...Et j'ai déjà émancipé certains. Mais là, est une autre affaire ! Ne gâchons pas le week end avec des conversations sérieuses et facheuses ! Venez ! "
Il la prit par la main, et lui expliqua les anecdotes du domaine :
- " Voyez, il y a 28 chênes qui bordent l'allée centrale, ainsi que 28 colonnes...Un jour, je vous expliquerais la signification de ce calcul... "
Ses débuts, sa mélancolie, son enfance :
- " Je ne regrette pas d'avoir quitté la France et d'avoir tenté l'aventure ici. "
Leur conversation dura jusqu'à l'heure du souper.
Dagmar ne comprenait pas pourquoi elle avait cette étrange sensation, qui lui chatouillait le ventre et lui donnait des sueurs froides. Néanmoins, pour la première fois, depuis sa venue dans ce pays, elle avait la conviction de s'être fait un ami, un allié ; elle aimait ce qu'il déclenchait en elle...Il lui faisait oublier qu'elle était La Reine..Une putain grand luxe.
DILEMMA
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03.08.2006
LA REINE
Acte 5
Le lendemain matin, Julia et Maty pénétrèrent dans la chambre de Dagmar afin de se rendre compte de son état. Le tableau qu'elles eurent sous les yeux, les remplit de tristesse : Leur maîtresse était allongée, raide et les bras le long du corps. Ses cheveux éparses sur l'oreiller dégageaient son visage blême, où on pouvait apercevoir quelques contusions. Ses yeux plongés dans le vide, étaient immobilement morbides. Une morte.
- " Mon dieu, mon dieu, regarde-la Julia ! On dirait une zombie égarée ! Mon dieu ! "
Maty effarée par ce triste spectacle, tournait autour du lit à la recherche d'une petite lueur de vie, dans les yeux de la jeune fille.
- " Mademoiselle... Vous m'entendez ? Mademoiselle...Serrez ma main, si vous m'entendez."
Julia eu beau essayer, mais Dagmar ne manifesta aucun signe.
Les deux femmes répétèrent les gestes de la veille, à savoir laver, frictionner et habiller leur jeune maîtresse. Elles usèrent d'ingéniosité, pour faire avaler du bouillon à l'enfant afin qu'elle ne se laisse pas mourir de faim.
Cette routine dura pendant quinze jours. Quinze jours, pendant lesquels les deux fidèles domestiques se relayèrent au chevet de Dagmar. Quinze jours pendant lesquels, elle resta catatonique.
Durant cette période, Maxence De Séville avait quitté la demeure et s'était réfugié dans un bordel de sa connaissance, où il étanchait sa soif avec l'alcool et se rassasiait du corps des putains qui se succédaient dans son lit, comme pour excuser ou oublier l'infamie qu'il avait commis. Il se doutait que Dagmar aurait besoin de repos, et était mis au courant de tout grâce à son fidèle bras droit, Gustave.
Un matin, alors que Julia entra comme à l'accoutumée dans les appartements de sa maîtresse, elle fut saisie de voir cette dernière assise près des grandes fenêtres : elle observait le jardin.
" Bonjour Mademoiselle.. Je.. Je suis si heureuse de vous voir debout ! C'est Maty qui va être contente ! "
- " Bonjour..Julia...Quel jour sommes-nous ? "
- " Oh.. Nous sommes le Vendredi 14 Septembre....Je vais vous cherchez un plateau... Il faut reprendre des forces."
Le jeune femme était si heureuse de voir sa maîtresse ainsi, qu'elle couru annoncer la bonne nouvelle à Maty, qui chargea à ras bord le plateau pour sa "Mamzelle".
Alors qu'elle picorait timidement son petit-déjeuner, sous les yeux protecteurs de sa femme de chambre, Dagmar se mit à parler :
- " Julia... Où est Monsieur ? "
- "... Il.. Il est partit il y a environ quinze jours..Gustave vient s'assurer du bon fonctionnement de la maison."
- " Merci.. "
- " Mademoiselle.. Permettez-moi de vous parler franchement..."
- " Je t'écoute...Vas-y parle.."
- " Alors, qu'ont vous soignaient, vous..vous avez dit une chose...une chose grave..."
- "Oui ?...N'ais pas peur...Parle donc..."
- " Vous avez parlé de votre frère....et..."
- " Assied-toi... Je vais te confier un secret..Julia....Et tu vas comprendre ce que j'ai dit...Ma mère est originaire d'une île dans les caraïbes et, elle a été vendue à un planteur francais qui habitait là-bas , Monsieur Théophile de Séville...Ce dernier, quitta les Caraïbes et s'installa avec sa femme et son fils de de 17 ans. Ma mère fut une esclave pour l'intérieur. Mais 3 ans après, elle était enceinte et me mit au monde.. La maisonnée s'étonna de la pâleur de ma peau, et tous comprirent bien vite qui était le père de l'enfant...Madame de Séville ne supporta pas cette " négresse et son infame enfant" sous son toît et pria son mari de se débarrasser d'eux. Ce fut le fils du couple...Maxence de Séville qui se chargea de la vente. Mais au lieu d'honorer cela, il nous installa ma mère et moi dans un hôtel particulier isolé, où il prie en charge toutes les dépenses et où je fus élevée loin de la calomnie et de la haine du monde. Le jeune maître parlait à ma mère comme à une égale, et je compris très tard la notion d'esclavage. Il venait chaque semaine nous visiter et m'apporter de somptueux cadeaux...Après la mort de ses parents et étant l'unique héritier, Maxence nous fit revenir au domaine famillale, où mon éducation continua et où ma mère fut l'intendante. J'ai été élevée comme n'importe quelle jeune fille de bonne famille, oubliant et ne faisant pas cas de ma couleur de peau. D'ailleurs personne dans le domaine n'en faisait cas..sous les directives du jeune maître...certainement... Vois-tu Julia... Je comprends beaucoup de choses aujourd'hui, surtout le fait que ma mère était complice de mon bourreau ! car elle m'a élevé sous ses ordres, dans la perspective que je devienne une reine...d'ici ou là... Oui..Ma petite Julia...Maxence De Séville est bel et bien mon frère... Le même sang coule dans nos veines et désormais la même pourriture dont il m'a contaminé, en me prenant comme une vulgaire catin ! "
Elle ne pleura pas... elle ne pleura plus, car elle avait décidé de ne plus laisser couler ses larmes. Pendant ces quinze jours, elle n'avait cessé de réfléchir et maintenant..Elle était décidée.
- " Je..suis désolée Mademoiselle..."
- " N'en parlons plus..Je te fais confiance, ainsi qu'à Maty, car vous m'avez soigné. Je ne l'oublierais pas."
Une semaine passa, où Dagmar se remit d'aplomb. Les bleus avaient disparu, et elle n'avait plus mal au corps. Elle avait retrouvé sa beauté, son éclat, et elle le savait. Un après-midi, alors que Marie lui servait une tisane, elle lui tendit une missive en disant :
- " Donne cela à un des valets. Qu'il le porte à Monsieur De Séville. "
- " Bien, Mademoiselle."
" Monsieur,
Je souhaite m'entretenir avec vous, au plus vite."
DAGMAR.
Lorsque Maxence eu la lettre entre les mains, il fit immédiatement sceller son cheval. Arrivé dans sa demeure, Marie lui dit que Mademoiselle l'attendait dans la bibliothèque.
De Séville fut saisit lorsqu'il entra dans la pièce : Il eu presque du mal à reconnaitre la jeune femme qui se tenait devant lui, tant son visage était grave et froid ; Pourtant l'éclat de sa beauté n'avait fait qu'augmenter. Ce n'était plus une timide jeune fille qui le dévisageait, mais une jeune femme, qui avait grandit en l'espace de quelques jours. Il en fut destabilisé. Le ton agressif qu'il employa le confirmait :
- " Tu m'as fait appeler ? Pourquoi, je te prie ? "
- " Parce que je voudrais que l'on discute tout simplement."
- " Et à propos de quoi ? "
- " A propos de tout. J'ai eu beaucoup de temps pour réfléchir, vous vous en doutez...Et je suis parvenue à cette conclusion : Il est un fait que je suis maintenant exilée et sous votre coupe en quelque sorte. Sachant ce que vous attendez de moi, j'ai décidé de ne plus m'opposer à cette idée : finies les crises puériles, et l'enfance rebelle."
- " Oh ! Je suis étonné mais néanmoins aise d'entendre cela, et.."
- " Ne vous-y trompez pas. Ce sera sous certaines conditions."
- " Tu n'es pas en mesure de poser des conditions ! " cria l'homme
- " Vous croyez ? "
Le ton ironique de Dagmar, figea Maxence.
- " Croyez-vous, que vous ne perdrez pas des clients fortunés au fil de mes crises en public ? Qu' adviendra t-il de votre réputation, de vos projets et de votre destinée grandiose ? Tout cela ne survivra pas à mes scandales et à ma rebellion devant ces hommes qui payent cher pour être dans mon lit ! "
- " Je te fouetterais ! "
- " Vous déraisonnez, monsieur : les marques sur mon corps n'arrangeront pas vos affaires. Et sachez que, désormais, les coups, l'humiliation et la force ne me font pas peur."
Le maître n'en revenait pas. Il était abasourdi par cette créature nouvelle qui ouvrait ses ailes avec impertinence. Loin d'être idiot, il savait que ce changement d'attitude était inespéré. Les demandeurs se pressaient, et il se confondait en excuses.
- " Soit, que veux-tu ? "
La jeune femme se rapprocha de lui.
- " Tout d'abord, nous serons comme des associés : Vous ramenez le client et le reste est mon affaire. Je veux avoir le droit de choisir les hommes qui partageront ma couche. Il n'est plus question de me tenir enfermée, je veux pouvoir sortir quand je le souhaite, car Monsieur, l'appât du gain est devenu plus fort que mon envie de fuir. Je veux avoir un regard sur les comptes, et disposer à mon aise de la demeure, comme une parfaite maîtresse de maison. Bien sûr je désire avoir 50% des bénéfices."
- "....Bien...tout cela me paraît censé....De toute façon.. Je n'ais plus rien à perdre."
- " Il est de même pour moi : Je n'ais rien à perdre. Alors ? Acceptez-vous ces conditions ? "
- " J'accepte ! "
Dagmar souffla de soulagement. Plus rien ne lui importait, car à défaut d'être une femme heureuse, elle avait décidé d'être une des plus riches du pays. Elle avait soif de conquérir, comme pour maîtriser désormais, ce qui l'entourait.
DILEMMA
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28.07.2006
LA REINE
Acte 4
Julia, de retour dans la cuisine, où, à cette heure tardive, les domestiques se prélassaient, tout en dégustant du pain de maïs et des restes de repas qu'avait concocté cette brave Maty, ne put s'empêcher de livrer ses impressions :
- " Pauvre Mademoiselle, elle est bien triste : Elle n'arrête pas de pleurer."
- "Ah bon Dieu, ah bon dieu, pauvre Mamzelle" gémit Maty qui servait les derniers restes aux autres.
- " Elle s'y fera ! C'est le mal du pays moi je dis ! " s'écria Ti-Georges.
- "Non, pas le mal du pays...Elle est maligne, mademoiselle... Elle pleure car elle sait ce que le maître va faire d'elle." jeta gravement Salomon tout en avalant son verre.
Les autres eurent tôt fait de le reprendre :
- " Chut ! Salomon, parle moins fort..Le maître n'est pas loin et cet espion de Gustave traîne toujours sa carcasse dans le coin..Tu veux nous faire fouetter !! "
Ils continuèrent à chuchoter sur le sujet encore un bon moment, sous l'oeil bienveillant et sage de Maty, qui faisait office de mère à tous. Cette habitude qu'ils avaient pris, de se retrouver autour de cette table de bois avait, au fil du temps forgé une grande amitié et tendresse entre eux. Dans la maison, régnait une solidarité hors du commun, ceci, malgré la couleur, la religion ou les origines. Et ils n'étaient pas peu fière de cela, car en ces temps de confusion, la misère leur paraissait moins brutale quand ils se donnaient la main et avançaient de concert comme des frères. Ce soir-là, certains d'entre eux et particulièrement Julia s'endormirent inquiets et intrigués par l'avenir de leur petite maîtresse, qui pleurait sans doute encore...
La fatigue avait eu raison de Dagmar et elle avait finit par lui céder son corps épuisé par le chagrin. Elle dormait encore, lorsque Julia rentra dans la chambre, et ouvrit les rideaux pour laisser entrer la lumineuse clarté de ce doux matin de Septembre :
- " Bonjour, Mademoiselle. Comment vous sentez-vous ce matin ? "
Dagmar, piquée par la lueur du jour, se tourna dans son lit comme pour congédier sa femme de chambre.
- "Mademoiselle....Il faut vous lever. Il est 9 heures."
- " Non....Va t-en...."
- " Le maître vous attend, et il n'est pas patient. Mademoiselle...il faut vous lever..Sinon c'est lui qui viendra..."
- " D'accord...."
Julia, le coeur léger, aida Dagmar à se préparer.
- " Mais, pourquoi cette toilette ? Je sors ? "
- " Oui, Mademoiselle...Car le maître a donné des ordres afin qu'une voiture soit préparée. Mais avant, il faut déjeuner."
- " Je n'ais pas faim."
- " Mademoiselle..Permettez-moi de vous dire ceci : Je sais que c'est dur pour vous, et que le maître, peut être méchant..souvent...Mais...si vous faites ce qu'il veut, vous serez bien...Vous aurez plus de liberté..Pardonnez-moi mademoiselle de vous avoir dit ceci..."
- " Non..Ne t'excuse pas...Tu es gentille de me mettre en garde...Merci...Julia..."
Les deux femmes sortirent et se rendirent dans la petite salle à manger où De séville s'était déjà atablé.
- " Ah ! Voilà la princesse ! As-tu bien dormis ? La nuit n'a pas été trop mouvementée ? " ricana t-il
- " Bonjour, Monsieur."
- " Monsieur !!! Et bien... Tu dois beaucoup m'en vouloir pour me parler ainsi...Mange ! "
Dagmar mangea, puiqu'il le lui avait ordonné, tout en se rappelant la mise en garde de Julia.
- " Nous sortons ce matin."
Après le petit déjeuner, Julia, sur l'ordre de son maître voila le visage de Dagmar.
La voiture était avancée dans la cour et Daniel finissait de la lustrer :
- " Bonjour, Missié..Belle journée pour sortir. Bonjour Mamzelle."
- " Bonjour Daniel, tu feras le tour de la ville, en passant par Bourbon Street, Jackson square, l'avenue St charles, rue Lapérouse, Lafayette et Les Elysian fields. Nous finirons par une balade le long du Mississippi. As-tu compris ? "
- " Oui, missié."
Dagmar ne comprenait pas où De Séville voulait en venir. Qu'importe, elle était contente de prendre l'air, même si c'était une illusion de liberté. Elle se concentra sur les paysages qui défilaient, afin d'oublier ne serait-ce qu'un instant la présence de son ignoble maître. Elle sourit lorsqu'elle vit des petits noirs en haillons jouer autour d'une flaque boueuse, elle s'extasia sur les superbes maisons en bois, entourée d'une exotique végétation qui semblait préserver leur mystère. Elle fut surprise par la diversité de la population qui se cotoyait à certains endroit de la ville :Indiens, noirs et blancs. Mais elle constata qu'à d'autres lieux, plus chic, les gens ne se mêlaient pas. Elle fut éblouie par les couleurs d'un marché ouvert : des légumes et des fruits dont elle ignorait les noms mais qui atiraient son regard par leurs formes diverses et leur couleurs exotiques. Le brouhaha du lieu la ravit et l'espace d'un instant elle eu le sentiment de n'être plus seule. Elle adorait le bruit, désormais.
- " Tout ceci est magnifique n'est-ce-pas ? Regarde cette foule bigarrée, ces couleurs, ces maisons, ces gens si différents ! Il n'y a qu'à la Nouvelle-orléans qu'on puisse voir cela : une indienne maîtresse d'un maître blanc, des noirs libres , amants de femmes blanches, des putains dames du monde etc... Sans être jugés, sans être punis ! même pas par Dieu ! il a oublié de poser sa loi, Dieu ! La religion ne fait pas grand cas ici, car nous avons vouer notre âme à mieux. C'est pour cela que j'aime cette ville, ce pays. Il me ressemble : tout y est possible."
Il se pencha vers la jeune fille en riant :
- " Et toi..toi , ma princesse métisse, tu y seras la reine."
La promenade se termina comme prévu sur la rive gauche du fameux fleuve Mississippi. Il est vrai, qu'il était beau : Calme et violent à la fois. Ses berges boueuses vous invitaient à glisser en son lit, trouble de mystères et de sacrilèges. Il était beau c'est vrai...paraissant éternel.
- " Demain soir, nous recevons du monde...Tu seras présentée à la bonne société, où se compte pas mal de mes amis. Donc, je compte sur ta coopération afin de ne pas me faire honte et me gêner. J'ai fais venir une superbe toilette de Paris, pour cette occasion. A notre retour, elle sera certainement livrée. Alors ? Tu n'es pas contente ? Toi qui aime les mondanités et la mode ? Tu ne me remercies pas ?"
- " Pou..pourquoi, me présenter ? Que veux-tu de moi ?"
- " J'attend de toi, obeïssance. Et tout ira bien. J'espère que tu as toujours en tête ce que je t'ais dit. Il serait facheux pour toi, que tu me fasses honte."
Il cogna sur le toit, afin de signaler au cocher qu'il était temps de rentrer.
Il était l'heure du déjeuner, lorsqu'ils arrivèrent. Mais cette fois-ci, Dagmar fut seule à table. De Séville, déjeunait pour affaire, accompagné de son homme de main, Gustave.
Les domestiques, seuls et sans espionnage, gatèrent la jeune fille ,afin de lui redonner le sourire : Maty lui fit goûter son pain de maïs :
-"Mangez, Mamzelle Dagmar, il faut prendre des forces."
- " Merci, Maty"
- " Ca c'est du gombo, un plat d'ici et des ignames. Mangez, ca donne des forces."
Dagmar se régala avec ces nouvelles saveurs qui piquotaient sa bouche. Elle adora les plats, mais plus encore, elle aima l'attention maternelle que lui donna Maty et les autres serviteurs. Pour la première fois, depuis longtemps, elle sourit en comprenant qu'elle n'était pas seule..même s'il fallait se cacher.. Elle n'était pas seule, ici.
Après le repas, elle prit le loisir de visiter la maison en compagnie d'une des servante, Marie. Elle fut contente de rentrer dans l'immense bibliothèque où il y avait une multitude de beaux livres reliés. Lorsqu'elle voulu monter au deuxième étage, Marie terrorisée lui dit :
- " Non Mademoiselle, il nous est interdit d'y aller. Monsieur ne serait pas content."
- "Il ne le saura pas."
- " Non...Monsieur finit par tout savoir. Venez..."
Dagmar se laissa entrainer, en se demandant ce que pouvait bien cacher De Séville là-haut.
- " Une robe de Paris est arrivée pour vous : c'est pour demain soir. Venez !"
En effet, une boîte était posée sur le lit. A l'intérieur, une splendide toilette de couleur jaune safran. C'était une robe à la française à pli dans le dos .Sur la pièce d'estomac, on distinguait des dizaines de petits saphir jaune, qui formait le coeur de plusieurs fleurs dessinées sur toute la surface. Les manches pagode, se terminaient par des engageantes élaborées à partir de fines dentelles précieuses. Le jupon, se distinguait par les motifs en rosace qui se multipliaient sur le tissus : La rosace centrale, avait en son coeur des émeraudes qui formaient de magnifiques courbes originales. Le décolleté, dont une fine dentelle blanche dépassait,était des plus prometteurs. Un éventail fait d'ivoire et de soie terminait l'ensemble. Dagmar ne put s'empêcher de pousser un cri d'exclamation face à tant de beauté et de recherche. Elle s'étonna même, d'attendre avec impatience le lendemain, afin de revêtir sa toilette. C'était sa première robe du soir. Sa première. Peut-être, se dit-elle qu'en fin de compte Maxence voulait réellement la présenter à la bonne société de la ville. Et que son exigence était la raison de sa tyrannie nouvelle.
- " Oui, peut être qu'en fin de compte il veut mon bien."
- "Comment Mademoiselle ?"
- " Rien...ma brave Marie. Je pensais tout haut... Mets ma nouvelle toilette en place. Fais attention ! Je vais faire une sieste. Laisse-moi."
- " Bien Mademoiselle."
Marie sortit de la chambre, un peu étonnée et refroidie par le ton de Dagmar. Elle était pressée de raconter tout cela à ses compères !
Le reste du jour se passa sans encombre. Pour la première fois, Dagmar fut même heureuse de dîner avec De Séville; elle afficha une bonne humeur qui étonna et inquiéta également le personnel. Quand au maître, il était ravit de cette attitude. Après une longue promenade dans le jardin en fin de soirée, la jeune fille alla se coucher, le coeur léger et impatient.
Cette joie nouvelle ne la quitta pas le lendemain. A l'heure de se préparer, malgré son anxiété, elle resta plein d'entrain, au point qu'elle le communiqua aux domestiques. C'est Julia, qui aida Dagmar à se préparer.
- " Je suis si excitée, Julia...Après tout, je ne connais personne."
- " Ne vous inquiétez pas, Mademoiselle. Ce sont principalement des amis de Monsieur : Par exemple, Monsieur De Malville, un banquier, il y a aussi des directeurs de compagnies d'import-export, comme messieurs Laneret et De Lalande. Il y a également, des propriétaires de plantations comme Monsieur De Saunois-Lanchay."
- "Merci pour ces indications Julia."
Habillée, coiffée, maquillée, Dagmar était enfin prête.
- " Ho, Mademoiselle, vous êtes si belle !"
- " Merci Julia."
La porte s'ouvrit brusquement et le maître apparut.
- " Laisse-nous, Julia."
- " Bien, Monsieur."
- " Tu es magnifique ! Tourne-toi..doucement.... J'ai eu raison de t'offrir cette robe. Tu es vraiment magnifique...Princesse.. Et pour compléter ta tenue..voilà.."
Il passa autour du cou de la jeune fille, un collier ras-du-cou où se succédaient des émeraudes et au centre, une médaille d'or où était incrusté un rubis d'une magnifique beauté.
- " Oh ! Il est magnifique ! Merci..." s'extasia Dagmar en se regardant dans le miroir.
- " Tu es vraiment belle.. Tu vas faire grande sensation parmis nos invités..Ils vont être content .."
- " Il y aura des jeunes fille de mon âge ? J'aimerais me faire des amies "
- "Ne sois pas impatiente, tu verras en temps voulu....Maintenant, viens, nos hôtes nous attendent."
Le couloir franchit, Maxence à la grande surprise de Dagmar l'emmena au second étage. Là, il la fit entrer dans un petit boudoir.
- " Assied-toi. Je reviens dans un instant."
Il disparut derrière la porte qui se trouvait au fond de la pièce. Dagmar, surprise par tout ce mystère, mais néanmoins impatiente fut conciliante. Elle imaginait l'amabilité des invités, les questions sur Paris, les compliments des femmes sur sa toilette, les rendez-vous pris, les conversations intimes, tout cela la rendait fébrile d'impatience.
La porte s'ouvrit enfin, et De Séville lui tendant la main l'invita à le rejoindre :
- " Messieurs, je vous présente Dagmar....La lumière de vos nuits."
Une douzaine d'hommes se tenaient debout de part et d'autre d'une salle de bal.
Dagmar sentit ses jambes fléchir, mais De séville la tenait fermement par le bras. Elle crut mourir de honte, de rage. Plus encore, lorsque Maxence la fit défiler tel un vulgaire amas de chair, devant ces riches inconnus. Elle se sentait stupide, imbécile d'avoir cru qu'il aurait fait d'elle une femme du monde ; elle se détestait d'avoir ressenti de la joie pour cette soirée, de l'avoir remercié pour cette robe, de lui avoir pardonné sa tyrannie.. Elle voulait se frapper, tant la rage lui oppressait la poitrine.
- " Quelle beauté, vous nous amenez mon cher. En effet je n'ais jamais vu pareille merveille dans cette ville " commença un gros homme d'âge mûr.
Les regards de ces hommes brulaient la peau de la jeune femme. Et lorsque De Séville poussa le vice à la faire tournoyer pour eux, elle se rebella et lui administra une claque cinglante avant de quitter la salle.
Elle regagna en courant sa chambre en criant le nom de Julia...Elle manquait d'air, et rejoint par la femme de chambre interloquée par ses pleurs, elle retira cette robe qu'elle détesta dorénavant.
- " Qu'avez-vous ? Pourquoi n'êtes-vous pas avec le maître ? Mademoiselle, dîtes-moi.... Oh... je présage rien de bon..Mademoiselle."
La porte s'ouvrit brutalement. Maxence, les sens en éveil, écumant de rage dit :
- " Toi, la bonne tu sors ! "
A peine était-elle sortit, qu'il fonca sur Dagmar terrorisée par cette bête furieuse. Il la prit par la gorge et la força à se mettre debout.
- " Tu...tu me fais mal...Maxence..."
- " Appelle-moi maître. Tu as eu tord de me faire cela devant mes amis. Je t'avais prévenu : Que croyais-tu donc ? Tu es naïve, je t'ais sortis des bas-fonds où mon père vous avait jeté ta mère et toi que, pour une seule chose : T'avoir."
- " Mè..Mère serait furieuse de ce que tu m'as fais.."
Il éclata de rire
- " Laisse cette vieille négresse là où elle est.. D'ailleurs elle a toujours remercié le ciel que sa fille cotoie le beau monde.. Crois-tu que c'est elle qui me jetterait la pierre ?"
Dagmar était choquée par ce mot infame qu'il avait prononcé.. Elle croyait fermement qu'il allait la tuer.. D'ailleurs ce ne serait pas plus mal...
" Tous ces hommes que tu as vu ce soir, ne veulent qu'une seule chose : toi.. Et ils sont prêt à payer une fortune pour assouvir leur plaisir.. Imagine tous les privilèges, toutes les relations que nous aurons , que j'aurais, grâce à toi.. Je suis venu pour conquérir l'Amérique et tu en es la clef. Une si belle et magnifique métisse comme toi.... C'est la mode, c'est le vice d'aujourd'hui : frayer entre le noir et le blanc...."
- " Laisse-moi !!! Tu..Tu es malade..! malade !!!"
Il la jeta violemment sur le lit.
- " Je ne suis pas malade... Et je vais t'apprendre à être soumise, comme tu le seras à l'avenir avec mes hôtes."
Il déboutonna son pantalon et se coucha sur la jeune fille.
-"Non..Noon ! Pas çà ! Nonnn... Pitié !!"
Dagmar eu beau crier, mais le sexe de l'homme la pénétra violemment :
- " Soumets-toi..Négresse." souffla t-il entre deux râles.
Toute force de se battre s'éteignit, et elle se laissa prendre docilement par ce maître qu'elle maudit à partir de ce moment.
Elle avait toujours imaginé cette première fois différemment bien sûr...Dorénavant elle se promit de ne plus rêver, de ne plus espérer...Plongée dans une sorte de catatonie, elle ne sentait plus les coups de l'homme qui lui brisait le corps et corrompait l'âme.
Elle ignorait quand tout se termina : elle se réveilla lorsqu'elle sentit un linge humide humecter sa lèvre ensanglantée.
- " Mademoiselle...C'est moi, Julia.... Non... ne bougez pas.. Je m'occupe de vous..."
Maty entra à son tour dans la chambre et s'écria les bras levés au ciel :
" Oh, mon dieu ! Pauvre petite...Ah missié, ce n'est pas bien.. Ce n'est pas bien du tout..."
Elle s'approcha du lit. Sous ses ordres, Julia fit couler un bain où, elles transportèrent leur maîtresse. La femme de chambre nettoya Dagmar qui, les yeux dans le vague ne réagissait même pas. Maty changea les draps tâchés de sang. Lorsque Dagmar fut allongée sur le lit, la vieille cuisinière la frictionna vigoureusement avec un baume de sa composition.
- " Pauvre mamzelle....Missié..missié est un démon pour avoir fait çà..."
Alors qu'elle finissait, la jeune fille fut prise d'une crise de nerfs. Elle était hystérique et voulait se cogner la tête contre le mur.. Maty et julia la bloquèrent fermement sur le lit :
- " Doucement mademoiselle..Calmez-vous....Calmez-vous !"
- " Ah mon dieu ! Elle devient folle..!"
L'infante s'agitait férocement, griffant, frappant même les deux femmes... Elle criait, pleurait..injuriait.. La crise dura environ une heure. Une heure à la calmer, la caresser, lui parler. Une heure à l'entendre hurler, pleurer. Lorsqu'enfin le corps retomba fatigué dans le lit, Dagmar se tourna vers les deux domestiques et gémit un verdict maudit :
- " C'est mon frère.... C'était mon frère....Mon propre frère."
Les deux femmes frémirent d'horreur et prièrent afin que ce qu'elles avaient entendu n'était que délire d'une traumatisée. Cependant, elle se jurèrent de rester silencieuses sur cette sordide révélation.
- " C'était mon frère...Mon frère..."
DILEMMA
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22.07.2006
LA REINE
Acte 3
La grande porte de bois s'ouvrit, et un homme de grande taille, svelte, la peau blafarde et sanglé dans un costume sombre les accueillit. Son air pincé déplut tout de suite à Dagmar, et elle eu l'intuition que ce dernier lui ferait quelques complications dans l'avenir.
- " Bonsoir, Monsieur. Nous attendions avec impatience votre arrivée. Tout est prêt selon vos recommandations."
- " Bonsoir, Gustave. Bien...bien."
L'entrée, circulaire, était richement meublée et vaste ; elle donnait sur plusieurs portes closes disposées sur son périmètre. Un long escalier en bois massif clair agrémentait le centre-nord de ce dernier. Un couloir sans fin, parallèle à la porte d'entrée faisait face aux arrivants. Gustave les pria de traversser celui-ci. La troupe silencieuse, pénétra dans une petite salle à manger, située à gauche. La table était mise pour deux personnes.
Alignés devant un long buffet sombre, des domestiques, l'air grave attendaient d'être présenter à leur nouveau maître :
- " Bonsoir, Monsieur. Je suis Julia, la femme de chambre."
- " Je suis Maty, missié, la cuisinière."
- " Nous sommes Ti-Georges et Salomon, les valets."
- " Daniel, le cocher."
- " Nous sommes Marie et Lianne, les servantes."
De Séville s'avanca vers tout ce petit monde et d'un geste de satisfaction ajouta :
- " Bien. Très bien. J'attend de vous, obéissance et silence. Si vous respectez ces deux conditions, il n'y a pas de raison que je me fâche. Ceci dit en mon abscence, c'est Gustave qui vous transmettra mes ordres car j'ai une totale confiance en lui. De plus, je vous présente Dagmar, la princesse de ces lieux. A partir de ce soir elle habite dans cette demeure. Gustave, là encore vous transmettra les consignes à ce sujet. Mais la discrétion est de mise. Tout ce qui se déroule et se déroulera sous ce toit, ne passera pas cette porte ou il vous en cuira. Voici Adée, Louise et Félicitée les "gardiennes" de Mademoiselle Dagmar. Voilà, j'ai fais le tour. Mangeons maintenant !"
D'un geste autoritaire, Gustave congédia les domestiques et conduit également les 3 gardiennes à la cuisine, où les serviteurs dînent.
Dagmar et le maître s'atablèrent dans le silence. Pendant tout le repas la jeune fille n'osa pas regarder ce "maître", car c'était bien cela, il était son maître ; elle se sentait piégée, trompée. Elle retombait dans une réalité étouffante, vicieuse, presque morbide, et tout ceci était très dur à accepter, surtout lorqu'on est une jeune fille exilée.
- " Je voudrais me coucher. Je suis épuisée."
- " Bien. C'est vrai qu'il faut que tu préserves ta fraîcheur, petite princesse."
Il sonna, et c'est Julia qui se présenta.
- " Conduisez Mademoiselle Dagmar à sa chambre, et veillez à ce qu'elle ne manque de rien."
- " Bien Monsieur. Si Mademoiselle veut bien me suivre."
Dagmar ne prêta pas attention aux décors qu'elle traverssa, elle ne remarqua pas les magnifiques statues de marbre sombre qui ornaient le haut de l'escalier de bois massif, ni le long corridor en bois sculté, agrémenté de superbes tableaux, portraits de toutes sortes. Elle ne fit pas attention aux magnifiques colonnes blanches qui bordaient les hautes et larges porte-fenêtres de l'étage. Les arcs en trilobé qui asseyaient la beauté du lieu ne lui retirèrent aucune exclamation ; pas plus que le somptueux et interminable tapis persan, sur lequel se profilaient une multitude de motifs mystiques à dominance rouge, aux mille formes et détails colorés. Les différents lustres qui ornaient le plafond, en illuminant toute cette richesse d'une douce et énigmatique lumière, semblaient vouloir caresser de leurs bras frêles, la tristesse qui rongeait le visage de l'infante, insensible à leur charme et compassion.
-" Voilà, Mademoiselle Dagmar, votre chambre c'est la quatrième."
- " Merci...Julia..."
La porte massive dévoila une vaste et luxieuse chambre : un grand lit à baldaquins, en bois clair s'imposait par sa beauté et son originalité. Les tentures rivalisaient de beauté et de recherche face aux rideaux en tissus précieux qui ornaient les hautes et larges fenêtre de la pièce. Une grande coiffeuse du même teint que le lit, surmontée d'un immense miroir ovale, complétait le tout. Un tapis oriental clair, contrastait avec le parquet sombre. A gauche, un petit cabinet de toilettes était aménagé avec tout le confort de l'époque. Au fond, toujours à gauche, se trouvait une pièce réservée à l'habillement, et aux effets personnels de la jeune fille. Un petit salon, se trouvant près des fenêtres réhaussait le confort du lieu. Mais l'enfant resta indifférente à tout cela.
- " Je veux rester seule."
- " Mais mademoiselle... Je dois vous aider à vous deshabiller et vous mettre en tenue pour dormir ! J'ai des ordres...et si je ne m'y plie pas.."
- " Oui.. je comprend."
Lorsque Julia brossa ses longs cheveux noirs, la jeune fille ne put s'empêcher d'éclater en sanglots.
- " Mademoiselle...Calmez-vous...Ce n'est pas bien de pleurer ainsi. Vous verrez vous vous habituerez ici...Calmez-vous, mademoiselle. Vous me faites de la peine."
Le jeune femme qui était à peine plus âgée que sa petite maîtresse, la mit au lit, la borda et resta un instant auprès d'elle, à essuyer ses larmes.
- " Calmez-vous maintenant. Ce n'est pas bon de vous mettre dans cet état."
Mais Dagmar ne pouvait pas s'arrêter, car c'était ses regrets, sa rage, et sa peine qui coulaient. Le manque de son pays, de Paris et de la chaleur de sa mère. Une façon de dire au revoir à tout ce qui l'avait protégé jadis, à tout ce qu'elle avait appris à aimer, à comprendre. Tout ce qu'elle avait connu devenait de la cendre, et elle ignorait qu'elle feu nouveau la brulerait demain.
Lorsque la femme de chambre sortit et qu'elle entendit la clé tourner dans le verrou, ses pleurs redoublèrent..Car plus que jamais, et sans aucun doute, elle était prisonnière.
DILEMMA
14:30 Publié dans nouvelles | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
13.07.2006
LA REINE
Acte 2
Deux voitures les attendaient non loin de là : la jeune femme voilée et Monsieur De Séville montèrent dans l'une et les gardiennes dans l'autre, puis ils disparurent dans la pénombre encouragée par le trot des chevaux.
Dagmar, (car c'est ainsi qu'elle se prénommait) sous son voile, regardait avec mépris le paysage qui défilait. Malgré les recommandations et les belles paroles de sa mère, elle savait qu'elle n'aimerait jamais ce pays...Pas comme la France en tous cas...Pas comme Paris et ses merveilleuses lumières. " C'est ton nouveau pays", on le lui avait incessamment répété .Elle devait s'y faire. De Séville interrompit ses pensées :
- " Inquiète ? "
- " Non...Nostalgique et en colère "
L'homme se cala au fond de son siège en éclatant de rire.
-" En tout cas, le changement d'air n'a pas entamé ta répartie !"
Dagmar furibonde, jeta son voile. Elle regarda fixement l'homme assis en face d'elle. La quarantaine bien campée de celui-ci ne l'intimidait pas, elle parcoura de ses beaux yeux sombres, sa chevelure blonde, ses traits fins et superbement dessinés, sa classe naturelle et son insolente assurance qu'elle avait toujours détesté.
- "Je te déteste ! "
- " Remet ton voile ".
- " Non ! Je veux retourner à Paris ! Je veux rejoindre Maman ! Je ne veux pas rester ici, avec t...
Une gifle cinglante étouffa l'hystérie naissante.
De séville saisit le menton de la jeune fille et siffla :
- " Ecoute attentivement ce qui va suivre : Tu es ici, selon ma volonté ; tu as grandit dans l'opulance, les robes de soie, les bijoux, le raffinement, tu as eu les meilleurs précepteurs et bénéficie d'une éducation princière que grâce à moi. Tout ce que tu as, tout ce que tu es, c'est grâce à moi. N'oublie pas que sans mon intervention il y a 15 ans, vous seriez, ta mère et toi de sales esclaves trimants dans un champ. Tu as leur sang, même si tu as la peau si belle, de cette couleur caramel. Ce que tu es, c'est moi qui l'ais décidé, et ce que tu deviendras, j'en suis le seule juge. Tâche de te rappeler ceci à l'avenir : tu es à moi."
Le terrible masque qui avait jeté ce fiel, disparut pour faire place à un autre joyeux, souriant et attachant qui dit :
- " Et puis, cela m'étonnerait que le destin que je te prépare ne te convienne pas : Je vais faire de toi une Reine ! La Reine incontestée de cette ville, de ce pays ! "
Dagmar remit son voile en tremblant : ce visage souriant la terrorisait bien plus encore.
La voiture finit par s'arrêter et tout le monde descendit. Une vaste et magnifique maison coloniale, avec ses balcons en fer forgé et ses plantes exotiques, leur faisait front. La demeure, en bois peint dans une couleur claire, et ayant deux étages, semblait posséder mille et une fenêtres et portes. Située dans le "vieux Carré", quartier typiquement français, le lieu, magique et mystérieux, séduit immédiatement Dagmar qui, ne pouvait détacher son regard de "sa" nouvelle maison.
- " Voici ton château "
Malgré la féérie qui entourait cette maison, Dagmar sentait, savait au fond d'elle, qu'elle ne vivrait pas un conte de fée : Ses seize ans seraient à tout jamais marqués par son histoire...Car elle était née pour une seule chose.
DILEMMA
13:50 Publié dans nouvelles | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
05.07.2006
LA REINE
Acte 1
1733. Ce fut cette année-là que Jean-Baptiste Le Moyne de Bienville redevint Gouverneur de La Louisiane. Ce fut également, le 26 Septembre de cette même année, que le somptueux voilier français "Le Fontainebleau" jeta l'ancre dans le port de la Nouvelle-Orléans. Il était environ 19 heures, lorsque les premiers passagers empruntèrent le pont pour la terre ferme. Ce fut tout d'abord, les voyageurs de première classe qui eurent le privilège de fouler le sol de la fameuse colonie ; suivirent les secondes classe et la classe populaire. Cette masse bigarrée fut happée par la foule des familles, amis, domestiques, esclaves, gens de toutes sortes et multiraciaux, qui, pour une raison ou une autre, attendaient un arrivant. S'ajoutaient à cet ensemble humain, les ballots et sacs de marchandises, les cris des marins mêlés à ceux des animaux. Tous participaient à un brouhaha incompressible, fidèle aux tumultes qui ne quittent jamais les ports.
Le lieu commençait à se vider, et un calme interlope gagnait ses ensembles, lorsqu'un petit groupe de voyageurs, descendit à leur tour la passerelle-avant. Il semblait que des ordres avaient été donnés pour qu'une certaine délicatesse fût gardée. Il s'agissait probablement de personnes de haut-rang, car le commandant en personne vint les saluer :
- "Au Revoir, Monsieur De Séville."
- " Au Revoir, mon brave Delacroix. Je vous remercie de votre discrétion. Le voyage a été agréable et conforme à mes attentes."
Delacroix ne put s'empêcher d'insister le regard sur une jeune femme muette, dont le visage était couvert d'un long voile sombre. En- tourée de domestiques ou plutôt de 3 gardiennes farouches, vêtues de robes noires et la tête ceint à la créole ; l'inconnue ainsi escortée, était devancée par Monsieur De Séville, le maître incontesté de cette troupe. La scène était digne de la venue de Cléopâtre à Rome, selon la comparaison du commandant. Tout ce panache et ces cachoteries amplifiaient le mystère qui enveloppait l'égnigmatique jeune femme.
DILEMMA
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