13.08.2005

Lettre d'un sportif

Je ne sais pas ce qui arrive ; j'essaie de relativiser, je ne peux pas comprendre, je ne veux pas comprendre.

La concentration...L'action...La concentration...Le but...L'euphorie...Mon équipe...Le public...Mon pays...Ce sont les maillons d'une chaîne, d'un processus normal, sensationnel, équilibré...Ma force.

Qu'est-ce-que l'équilibre aujourd'hui ? dites-moi.

L'équilibre, est-ce les grondements qui tonnent lorsque je rentre sur le terrain pour faire mon métier ?

Suis-je bête...J'en viens à me demander si je n'ais pas rêver..Non. Bien sûr que non !

Les murmures je les ai toujours ignorés, ils me paraissaient inoffensifs, désuets, inutiles...ce n'est pas vrai, mais pour rester fort, c'est ce que je me dis.

Je compare hier à la belle époque ou je n'entendais absolument rien de cette haine qui remet en question mon humanité.

Aujourd'hui puisque c'est de cela qu'il est question, aujourd'hui je descend dans une arène et non dans un stade.

Il n'y a ni taureau, ni toréador, mais des cibles et des tireurs.

Dieu m'a fait homme, ils me font singe, bête. Le destin m'a fait joueur, le leur est confiné dans l'absurde haine ignorante.

Selon la couleur, celle-la même qu'il me faut justifier, j'ai droit aux hourra ou aux crachats.

Concentration...Action...concentration....Le but...Mon équipe......Le public......Les cris...La haine...concentration..concentration..Evite la déroute, mon grand...Concentre-toi!!

Mon coeur perdu dans l'immensité populaire, je ne distingue plus les visages ;me parviennent que des rugissements d'animaux grotesques, la bave de l'intolérant atteind mon statut d'être, jamais elle ne me brulera la peau,celle la même que vous voulez gratter et blanchir.. Jamais elle ne me brulera et je laisse l'acide de vos mots ronger votre semblant d'intelligence noyé dans l'ignorance.

Et voilà mon cri!!! d'animal assoiffé de paix!!

Course, feinte, arrêt, tir......Mais va au but, mon grand.

DILEMMA

28.07.2005

ELO

Bonsoir Elo...

Je te dis bonsoir, parce que pour moi c'est la nuit ici...Depuis que tu ne viens plus, que tu ne me réponds plus.

Du fond de ma cellule, tes lettres étaient comme le soleil, le vent, le dehors qui me sont interdits.

Pourquoi Elo ?

C'est la question qui me tiraille les entrailles, bien que la réponse soit évidente :

Comment t'en vouloir ? Je veux te maudire, te haïr, mais je t'aime trop pour cela.

Comment t'en vouloir d'oublier un paumé au fond d'une prison, qui n'a toujours pas conscience de ses actes ?

Oui, tu es fatiguée par mes fausses promesses de rédemption. Comment t'en vouloir.....Cette vie m'étouffe aussi, pourtant, je ne décroche pas.

C'est ma maîtresse, elle m'appelle, me séduit, c'est la rivale avec laquelle tu n'as jamais pu lutter.

Et cela tu l'as bien compris.

Alors, on se quitte comme çà, en se souhaitant bonne route, sans galère.

Cette idée me fait sourire, car me concernant, la galère est un pain quotidien; je sais parfaitement qu'en sortant d'ici, je vais replonger dans cette boue qui me noie, mais dont je suis si dépendant.

Pardonne moi élo. Je te le dois bien ce pardon...Pour tout ce qu'on s'était promis et qui ne se fera pas.

Je ne peux pas arrêter de t'écrire, alors je vais continuer à t'envoyer des mots.... Ca me donne l'impression que tu es toujours à moi. Même faux, j'ai besoin de ce sentiment.

C'est mieux que rien ; parce que c'est ce rien qui peut me faire sombrer définitivement.

Je préfère rêver et ne pas me réveiller.

Alors bonne route, Elo....Sans galère.

D.

DILEMMA

 

27.06.2005

Jo

Jo....


Tu te souviens Jo, de nos délires d'ado ?
Nos journées au bord de la mer pour esquiver le lycée?
Ah ui ! il ne nous voyait pas souvent le lycée !
Les absences, les renvois, ça nous faisais marrer.
Tu te souviens, on prenait nos mobs et on se planquait au "trou noir", notre refuge de racailles.
C'était pas grand chose , Jo, juste un amas de rochers près de la mer, mais assez pour qu'on s'évade en oubliant nos cages à lapin, qu'ils appelaient maisons. Et on en a fumé du chichon ! devant cette putain de mer ! Elle était comme une injure à notre galère !
On l'aimait autant qu'on la haïssait : elle, si belle et brillante ; nous, si moches et sales de coups foireux...
Et qu'est ce qu'on en a fait des coups, mon Jo.
Tu te rappelles ? Après les casses, pour oublier la peur, reculer notre fin, on se ramenait dans les soirées sauvages du coin, toujours auprès de cette putain de plage.
On s'engoufrait dans la puanteur de la racaille, où bédots, alcool, se mêlaient à notre sueur de paumés. Ah ! c'était notre meilleure femme, la bouteille ! Et les filles, on se les tapait sans en avoir vraiment envie, histoire de se dire qu'on était des mecs..On baisait sans envie. Et les descentes reprenaient après la baise ainsi de suite..Qu'importe, on prenait ce qui arrivait en premier, comme un lot gagné à la loterie de notre vie merdique.
Jo....On était con...Maintenant je le sais....On était rien......Et toi tu n'es plus rien...Moi, j'suis resté.....Sans toi.
La faute à ce gamin...On rackettait les fils de bourges, et chaque semaine on demandait le fric...
Et ce morveux, tu te souviens, le jour où il n'est pas venu ? Je revois ses yeux peureux, sa tronche basse, il ne rebiffait jamais, le ch'tio...On a fait les cons...Jo, L'autre s'est jeté par une fenêtre et s'est fracassé le crâne...à cause de nous....
Tu le sais ça Jo ?
Oui, tu l'as compris tout de suite qu'on était coupables...Parce que, tu n'as plus été le même...Tu as pété les plombs....Et tu as déraillé...Ce gosse, ses yeux te poursuivaient...Tu as fait nimp...
Plus rien ne te faisait peur, et les coups qu'on avait toujours refusé, tu voulais les faire.
Tu espérais quoi ?
Jo....Il ne reviendrait pas le gosse.
Et moi, je te suivais parce qu'on a toujours galéré, fait tout à deux.Tu te souviens :
Jamais moi sans toi.
Le délire est venu vite, d'ailleurs ce n'était plus du délire..On était fous..Toi plus que moi.. A cause des yeux de ce gamin qui te hantaient..Tu n'étais plus pareil, Jo....Tu me faisais peur...
Et tout a foiré, le soir de ce dernier coup, dans la villa. Pourtant on l'avait bien réussi ce casse. On a pris notre fric et on s'est barré, ivre de conneries. On voulait tout défoncer dans une soirée.
Et puis, on a rencontré cette fille. Elle était aussi paumée que nous, seule dans la nuit...Mignonne, mais si jeune...Et toi, tu n'as pas vu ça salaud...Tu l'as invité à nous accompagner...Tu l'as choyé, baratiné. Je t'ais vu partir avec elle sur la plage. Pas ça, Jo. Tu ne pouvais pas...Quand elle a compris, tu l'as forcé et même tapé.. C'était qu'une gamine. Ca ne te suffisait pas l'autre fracassé ! Il te fallait déconner ! Je ne pouvais pas te laisser faire ça. Je ne voulais pas revoir les mêmes yeux..Pas ces yeux là...Et, elle criait, se débattait. Et moi, je ne pouvais pas te laisser faire ça. Ce n'était qu'une gamine.
Tu te rappelles, tu me disais toujours si tu devais claquer, tu voulais que ça soit moi qui te colle une balle au lieu des flics.
Je t'ais exaucé ce soir là. Jo... Ce n'était qu'une gamine...
J'ai encore l'image de ton sang absorbé par le sable...près de cette sale mer qu'on aimait tant...Tu as réussis à partir avec elle.
Ne m'en veux pas, Jo. C'est la fin que tu voulais...Au fond. Soit pas con.
Là tu ne vois plus les yeux du gamin.
Je n'ais plus fais de coups. J'ai fais ma peine, et j'ai un boulot.
J'ai toujours les yeux du gamin en tête : Je survis avec.
Plus de coups...Sans toi, jo ce n'est plus pareil.
Jamais moi sans toi, c'est ce qu'on s'était dit.

DILEMMA

24.06.2005

Lettre du positif

Voici la troisième lettre.

Lettre du positif...


Bonjour, maman...

J'imagine ta surprise quand tu recevras ma lettre, moi qui déteste tant écrire.
Mais en ce jour, la parole me fait défaut, alors il ne me reste que l'écriture.

Maman tu te souviens quand tu jouais du piano et que je venais m'allonger à même le sol, à tes pieds :
Je fermais les yeux et je t'écoutais exécuter une symphonie mélancolique ; mais ce n'était pas la tristesse qui s'éveillait : une naïve euphorie naissait en moi ; tes doigts m'emportaient dans les contrées merveilleuses de l'imagination, dans un monde féérique rempli de notes, de bonheur, et de toi.
Grâce à toi mon enfance fut plongée dans ce monde musical, fantastique...Tu m'as appris à rêver.

Maman... Aujourdhui, je ne rêve plus...
Le cauchemard a remplacé la féérie, pourtant je suis éveillé, mais il est toujours présent, plus que jamais il est réalité. J'avais imaginé maintes phrases pour t'annoncer ceci, mais devant cette feuille, je me sens désarmé, anéanti, écoeuré, enragé. Il n'y a qu'une façon de te le dire :

Je suis séropositif.

Je le sais depuis un mois...Oui, j'ai joué la comédie lors de mes dernières visites ; oui, les mots m'échappaient, et surtout le courage.
Pourquoi le dire aujourd'hui ? Parce que je m'en vais, maman....Je dois m'éloigner de tout cela, pour savoir où j'en suis, quelle décision prendre : Me battre ou sombrer.
Ne pleure pas, maman.. Surtout pas...Joue-moi, encore et encore tes mélodies qui me font tant de bien....D'où je serai, je les entendrai assurément.
Ne pleure surtout pas.

Je t'aime.

DILEMMA

Lettre d'un soldat au front

Seconde lettre.

Lettre d'un soldat au front.

La mort.. J'la vois , j'la sens, j'la cotoie jours après jours.... La mort... Elle dîne avec moi dans ma puanteur de chair à canon....Elle se ramène à toutes les heures, à toutes les secondes... Elle ne nous lâche pas mes compagnons et moi....La mort., elle me sourit, elle se montre sous son meilleur jour comme une femme attendant son amant ! Elle bouge du cul, déambule devant moi, me tente... M'appelle ! Elle me soudoie cette mort...! Prête à s'élancer sur moi si je lui fais un signe... A s'emparer de mon corps fatigué, lapidé par les tirs ennemis.. Fatigué... Elle est là.. Prête à m'entourer de ses bras maigres, pleins d'hypocrite tendresse et d'illusoires promesses ! Va t-en ! Mon heure est loin et je ne me donnerai pas à toi... Je te renie... Je te rejette ! Je ne veux me marier à une si laide destinée... Que m'offres- tu ? Vois ce que mes frères tombés sous ton charme sont devenus : Je marche sur leur corps disloqué, je vis parmis leurs chairs pourries ! Vois...! Les miens tombent devant toi et disparaissent sous ton épaisse robe obscure ! Va t-en ! Détourne toi et va quérir le néant dont tu es l'assidue croyante !
Mort... Maintes fois aux heures sombres... Je t'ais apercu ramassant les débris des miens, parcourant les amas putrides, tu emmenais les malheureux écroulés, tu étouffais dans un brouillard
toxique les uns à l'agonie, les autres qui émettaient un sursaut de survie ! Mort je te hais ! Pourtant..... Bien des fois. ..Sous la mitraille de la peur... Oui... Bien des fois au coeur de l'épuisement qui tiraillait mon âme, mon corps.... Bien des fois... Pour échapper à cet enfer des hommes... oui... Je t'ais appelé... Méprise ! Tu me conduirais à un enfer éternel ! Va t-en ! Je sens ton ombre planer sur ma vie... Tu scrutes la faiblesse, l'envie... Tu l'as veux ? N'est ce pas ? Impertinente prêtresse... Tu ne t'arrêtes donc jamais ! Assoiffée de peur, va t-en !!!
C'est l'angoisse de tes venues qui acerbe ma rage... C'est la bêtise des grands qui nous ont fait victimes , c'est leur folie qui te nourrit ! Mort ! Je n'ais qu'une prière, si tu viens me chercher...Ne me surprend pas dans le sommeil..... Je veux t'affronter, face à face... Accorde moi ce dernier combat...

Le soldat inconnu...

DILEMMA

Derniers mots (ou lettre du suicidé...)

Lettres de tous temps est un recueil de lettres diverses,mettant en scène des personnes de tous horizons dans certaines situations ou états d'âme,tout en gardant le réalisme. J'essayerai de le poursuivre au fil des jours.

Derniers mots


A tout le monde :

Vous vous demanderez en premier lieu pourquoi ais-je fais cela...
Faut-il avoir une raison bien précise ? Bien établie ?
Dans mon cas, ce n'est rien de tout cela.
Juste l'impression que depuis ma naissance, je n'ais cessé de sombrer et que le but inéluctable était ma fin voulue ou non....Le destin se fait attendre, et la douleur qui me déchire l'âme me pousse à accélérer le processus.
Ne culpabilisez surtout pas, ce n'est pas de votre faute, il est bien difficile de deviner que quelqu'un sombre jours après jours alors qu'il agit normalement et qu'il arbore un sourire quasi parfait..Et oui, la comédie.......La comédie humaine...
Voilà le sentiment qui prédomine : ma vie est une comédie, dont il faut écourter la représentation.
La douleur est trop pesante, mon esprit est embué d'une blessure saignante, dont l'hémorragie inonde temps après temps tout mon être ; la gangrène a pourri mon âme, mon corps, je ne suis que l'illusion de moi-même ; alors, comme le vieil acteur en fin de carrière, là est ma dernière apparution sans fracas, sans cris. Je ne puis vous demander pardon pour ce geste, car tel est le salut que j'ai choisi. Vous n'avez rien à me pardonner, car il s'agit, ici, de ma délivrance....M'exiler éternellement loin de la souffrance.......

Je vous tire ma révérence.

DILEMMA