24.09.2006

AINSI, NOUS SOMMEILLONS...

...Nous sommes tous des ombres dans la nuit. Egaux devant la vie qui s'endort péniblement.

Nous sommes tous des ombres après minuit, égaux devant nos démons et nos peurs, égaux face à la mort qui s'infiltre dans nos veines écarlates, telle une eau froide.

Tous égaux devant la vie qui nous juge à son heure.

Et nous prions, supplions, pauvres brumes que nous sommes, en oubliant nos infamies, nos actes diurnes ; en oubliant que nous avons jugé avant d'être jugés.

Nous gémissons et promettons, mais lorsque le jour se réveille de notre procès,

nous oublions et recommençons ; nous blasphémons cette égalité qui se retranche dans la pénombre,

en attendant la nuit qui nous punira.

DILEMMA

20.09.2006

Et voilà !

J'ai posté l'acte 6 et le dernier acte de la nouvelle intitulée " La Reine " ( oui, je sais...Enfin ! ) bonne lecture !(^_^)

Dilemma

LA REINE

Dernier acte.

 

La première réjouissance du week-end, était un dîner où quelques amis intimes de De Condé furent conviés. Dagmar ne fut pas déçue par la beauté de la salle à manger qui ne dérogeait pas à la magnificence de l'habitation. On lui présenta un Comte parisien, un président d'une compagnie d'import-export, une veuve qui était à la tête d'une importante plantation de coton et un enigmatique poète viennois ; la jeune femme remarqua qu'ils avaient tous un point commun : l'exentricité. Le dîner se passa tranquillement ; rires et discussions sérieuses se mêlaient sans complexe. L'invitée d'honneur se sentait si bien, qu'elle en oubliait même la raison de sa venue. Mais il y avait une personne qui y songeait constamment : Maxence, jusqu'à présent calme, avait du mal à cacher son énervement grandissant. Il était piqué à vif, car on ne faisait pas grand cas de sa présence en ces lieux, pire encore, De Condé ne lui avait toujours pas accordé une entrevue. Durant le dîner, il n'avait fait qu'exprimer son amertume en vidant successivement les bouteilles d'alcool. Sa colère éclata, lorsqu' il vit Dagmar rire aux éclats, sans retenue, sans peur...Sans se soucier de lui.

 

- " Catin...sous vos airs de grande dame..vous êtes et resterez une catin ! Et tout le monde le sais à cette table ! Catin ! "

 

Le jeune femme fut prise d'un violent tremblement, qui la ramena dans une réalité qu'elle avait un court instant fuit.

 

- " Catin ! Catin ! "

- " Cessez, Monsieur ! Vous nous plongez tous dans la honte. Présentez vos excuses à ces Dames, je vous prie." tonna Edouard De Condé.

 

L'homme saoul se leva, il tenait à peine debout.

 

- " Vous...Voulez-vous...que je vous montre ce que c'est qu'un homme, Madame ? "

 

Dagmar serra les poings. Il ajouta en éclatant de rire :

 

- " Vous avez raison de garder le silence ! Car, à vrai dire, je n'ignore plus rien de vous dans ce domaine ! "

 

- " Suffit ! " cria leur hôte, en empoignant Maxence par le cou.

 

Mais la jeune femme intervint rapidement, afin que le scandale ne puisse se prolonger.

 

- " Pardonnez-le.. Il est sous l'influence néfaste de l'alcool. Allons, Monsieur, lachez-le...Je vous en prie..Edouard..."

 

Au son de ces dernières syllabes, De Condé comprit que Dagmar lui demandait une faveur. . Il en ignorait l'importance, mais devina que c'était chose importante pour elle.

 

- " Allez, Monsieur. Mon domestique vous raccompagne dans votre chambre. Nous ne voulons plus souffrir de vos infamies... Mesdames, messieurs, veuillez excuser le comportement de ce rustre.."

- " Quel grossier personnage ! " s'indigna l'autre femme.

 

Bien que l'heure ne fut avancée, les invités s'éclipsèrent, déçus et indignés par cette facheuse circonstance. Alors que Dagmar restait, assise, encore pétrifiée par les indiscrétions de son frère, Edouard ajouta :

 

- " Je sens qu'il se cache des tragédies au fond de votre coeur, Madame...J'en ignore les raisons, mais ce soir.. j'ai vu une infinie tristesse dans vos yeux...Et malgré cet incident, j'ai passé en votre compagnie une excellente soirée. "

 

- " Oui, c'était une soirée exquise jusqu'à ce..."

 

Elle éclata en sanglots. Il s'approcha d'elle et elle déverssa sur son torse toute la rage liée à son existence. Elle voulait le sentir encore plus près de son corps, car auprès de lui, elle était nouvellement en sécurité..loin de tout. Dagmar lui prit la main afin de l 'inviter à monter dans ses appartements. Mais à sa grande surprise, il résista.

 

- " Non, madame... Je n'ais pas pour habitude de combler la tristesse et les regrets...J'aime à aimer une femme libre de toutes obligations..Et vous... vous sentez obligée de me remercier par la chair..."

 

Interloquée, vexée et sans défense, Dagmar couru s'enfermer dans ses appartement, terrassée par cette vérité nouvelle. Elle ne comprenait pas l'attitude d' Edouard. Durant ces derniers mois, elle n'avait connu que l'amour vénal : habituant son corps à se soumettre , réussissant à enrayer chaque fois sa rebellion. Et là, cet homme déclenchait ce remous de passion et de sentiments dont elle ne connaissait ni la signification, ni la portée. Tout ce qu'elle savait, c'est que, Edouard De Condé était un élément dont elle devenait dépendante. Durant toute la nuit, c'est à cela qu'elle songea ; La torture de cette analyse était telle, qu'elle fit ateler sa voiture et partie avec ses gens au petit matin sans prévenir le maître des lieux.

 

Plusieurs mois passèrent sans que Dagmar eu des nouvelles d' Edouard de Condé. Elle avait reprit, avec un certain regret sa vie de courtisane et sa réputation au sein des cercles les plus huppés ne faisait que grandir. Elle ne l'avait pas oublié... simplement mit dans au coin de son âme, pour faire taire la douleur qui croissait chaque jour de son existence.

Cependant, en cette fin de printemps 1734, alors que Maxence était en voyage, elle reçu la visite de De Condé ! Lorsqu'elle se retrouva devant lui, elle cacha avec habileté son trouble et son bonheur.

 

- " Bonjour, Monsieur. Quelle est la raison de cette visite inattendue ? "

 

L'homme, surpris par cette froideur répondit néanmoins :

 

- " Bonjour, Madame. Après votre départ précipité, je n'ais cessé de penser à vous..votre tristesse..votre.."

- " Assez de mensonges ! Si vous me souhaitez dans votre lit, Monsieur, il vous faudra attendre quelques temps car mon carnet est plein."

 

De Condé s'avanca vers elle et la prit brutalement par les bras, la forçant ainsi à le regarder :

 

- " Arêtez de faire l'idiote ! De dire ces choses, de vous punir ! Vous m'en voulez, alors dites-le ! Mais ne vous cachez pas derrière cette femme glaciale et infame qui n'est pas vous ! "

- " Oui.. Oui ! je vous en veux ! Oui ! " cria la jeune femme

- " Pourquoi ? dites-le ! "

- " Parce que vous m'avez laissé partir..Vous n'avez plus donné signe de vie..vous étiez mon ami et pourtant..vous m'avez laissé repartir..." sanglota-elle.

 

Il la prit dans ses bras et sourit paternellement. Le fait qu'elle pleurait ainsi, lui donna toutes les réponses qu'il recherchait.

 

- " Enfant que vous êtes...si je n'ais pas donné signe de vie, c'est que je suis parti peu après votre départ en France pour affaires. Je suis arrivé la nuit dernière."

- " Vous ne m'en voulez pas ? "

- " Non..Parce que vous aviez vos raisons..Mais ceci est le passé. Dagmar...Je suis venu pour une raison précise...Venez vivre avec moi."

- "Co...comment ?"

- " Je suis venu vous chercher. Je voudrais que vous veniez vivre à Oak alley...avec moi..."

- " Et puis quoi ? Vous venez chez moi, et vous décidez que je dois partir avec vous, que je dois vivre avec vous, que je suis à vous ! Non Monsieur ! Non ! "

 

Edouard pris une mine grave et jeta comme une pierre :

 

- " Vous n'avez pas le choix. J'ai passé un marché avec De Séville...votre frère."

 

La jeune femme tituba, blanche comme un linge, elle fut contrainte de s'assoir.

 

- " Vous savez..."

- " Oui, je sais...Pour vous, j'ai cédé la moitié de la compagnie, une rente à vie et divers avantages financiers. J'ai fait cela pour vous."

 

Elle murmura :

 

- " Vous m'avez acheté...comme lui jadis."

- " C'est pour vous que j'ai fait cela ! Ma voiture nous atend . Allons, venez. Vos domestiques s'occuperont du reste. De toute façon, la maison a été mise en vente : vous ne pouvez pas rester.

 

Edouard n'oublia jamais le regard que Dagmar lui lanca à ce moment précis : Il était remplit de colère, d'incompréhension..de haine peut être. Il se demanda s'il n'avait pas commis une erreur en voulant faire son bien.

 

- " Et Maty ? Julia ? Marie et les autres ? que vont t-ils devenir ? Je vous en prie...Laissez-les moi..au moins.."

- " Ne vous inquiétez pas. Si vous le désirez ils viendront aussi. Maintenant venez."

 

Elle su qu'elle n'avait plus le choix, car même ce toit ne lui appartenait plus. Droguée par l'attitude d' Edouard et souffrant de ce choc, elle se laissa mener comme une enfant qu'elle était. Elle se reprocha, d'avoir une fois de plus fait preuve de naïveté. Elle avait cru qu'il la délivrerait comme un prince..tels ces personnages qu'on trouve dans les livres d'aventure.. Elle avait tout cru...Envisagé le meilleur...sauf qu'il lui apporterait le pire.

Julia, Maty, et Daniel étaient les seuls à rejoindre leur petite maîtresse. Les autres esclaves furent vendus et les deux servantes placées dans une autre famille. Ils furent peinés de se séparer ; D'ailleurs, trois mois après son arrivée, la brave Maty mouru dans sa case, terrassée par le chagrin et le changement. Julia ne fut plus la même après cette disparition. Elle se laissa mariée à Daniel qui la voulait depuis bien longtemps et accoucha de deux jumeaux. Grâce à la présence de Dagmar, malgré le changement qui les marqua à vie, ils menèrent une existence calme, loin des coups de fouets, des contremaîtres abusifs, des injures et des cris.

Leur maîtresse, quand à elle, menait une vie de recluse, partagée entre promenades, lectures et autres futilités. Quand elle ne s'occupait pas, elle tombait dans un sommeil lourd afin d'oublier...tout oublier. Cependant, elle s'était prise d'affection pour les esclaves de la propriété, surtout les femmes qu'elle visitait régulièrement. Bien qu'elle considérait n'avoir aucune ressemblance avec eux, elle se sentait liée à cette masse qui souffrait et peinait chaque jour. D'ailleurs, la majeure partie de ces derniers l'aimaient pour sa gentillesse et son calme. Sauf les esclaves des champs qui voyaient d'un mauvais oeil cette "putain métisse" dans la grande maison du maître.

La relation d'Edouard avec la jeune femme pris du temps à évoluer. Pendant plus d'un an, De Condé courtisa, essaya de se racheter, de prouver à Dagmar qu'il était remplit de remords. Ce fut inutile. Bien entendu, elle ne recevait plus d'homme dans son lit, et toute la Nouvelle-Orléans se demanda où était passé La Reine. Cependant, elle refusa sa couche à cet homme qui l'aimait. Il était désespéré. Mais un soir, elle pénétra dans ses appartements et se coucha dans son lit. Il resta immobile. Elle se blottit contre lui et s'endormit. Ce manège dura plusieurs semaines. Entre temps, Edouard se rendit compte que son désir pour Dagmar se transformait en un amour paternel : En la regardant dormir, pertubée par les cauchemards comme une enfant apeurée, il prit conscience qu'elle avait besoin de sécurité plus que d'amour charnel. A partir de ce jour, il s'acharna à refouler le désir qu'elle déclenchait en lui. Il commença à ne plus rentrer à Oak alley sous prétexte d'affaires le retenant ailleurs, à découcher. Dagmar souffrit énormément de ce changement ; elle n'était pas dupe, elle savait qu'il trainait dans les bordels de la région.

Elle n'avait pas tord, c'est le seul moyen qu'il trouva pour écraser l'envie d'elle qui le tourmentait. En s'énivrant du corps d'autres femmes, il avait l'absurde impression de la tromper et de s'éloigner d'elle.

 

Une nuit, où il était rentrer, Dagmar pénétra dans sa chambre.

 

- " Faites-moi un enfant."

- " Comment ? Vous n'êtes pas sérieuse ! "

- " Je suis très sérieuse, Edouard.. Je veux un enfant de vous..."

- " Non ! "

- " S'il vous plait..Edouard...Laissez-moi vous raconter une chose."

 

Et elle lui raconta tout ce qui s'était passé depuis son arrivée au port de la Nouvelle-Orléans : Le choc du changement, de Maxence, tout sur ce qu'il lui avait fait, son comportement..De ses peurs, de ses envies..de sa rencontre avec lui...Elle lui raconta tout sans retenue. Elle fut vidée, lorsqu'elle eu finit... soulagée et épuisée. Edouard garda jusqu'au bout le silence, assommé et écoeuré par certaines parties de ce récit. Il se contenta de la prendre dans ses bras et de s'endormir avec elle.

La vie parut moins pesante à Dagmar depuis sa confession, mais De Condé ne lui avait toujours pas donné de réponse pour le bébé.

Ne voulant pas le précipiter, elle attendait qu'il vienne à elle.

C'est ce qui arriva : Une nuit, il se glissa dans son lit silencieusement, et ils firent l'amour passionnément. Ils recommencèrent nuit après nuit, jusqu'au jour où la jeune femme fut enceinte. Edouard ne revint plus jamais dans le lit de Dagmar. Il s'était juré de lui offrir cet enfant, car elle avait besoin de cela. Mais après chose faite, il ne la toucha plus et continua à veiller sur elle..comme un père...Pauvre Edouard ! Il n'a jamais su que Dagmar s'était habituée à lui, était même tombé amoureuse de lui et voulait élever cet enfant avec lui.

Lorsqu'elle s'aperçu de cela, elle capitula, baissant les bras, acceptant avec regrets la volonté d'Edouard. La future maman se consacra entièrement à la prochaine venue de son enfant. Alors qu'au fil des mois le ventre de la jeune femme s'arrondissait, la santé d'Edouard déclinait. Etait-ce la contrepartie à payer à la vie, pour avoir ce bébé ? C'est ce que semblait penser Dagmar apeurée et abattue. Le médecin avait peu d'espoir.

 

- " Dagmar...approchez-vous... voilà...Il me meste peu de temps.."

- " Ne dites pas cela..Je vous en prie !" pleura t-elle

- " Ecoutez-moi... Il faut que vous m'écoutiez : J'ai pris mes dispositions pour vous et l'enfant.. Cependant la loi ne vous permet pas d'hériter, donc j'ai nommé mon plus fidèle ami..vous vous souvenez le poète au dîner.. Et bien il assurera votre protection et vos biens..Faites attention...Car il y a beaucoup de personnes qui détestent les métisses et les noirs.. Faite attention..promettez-le moi..."

- " Je vous le promet."

 

L'agonie de De Condé dura pendant 15 longs jours. Le dernier soir, les esclaves, réunis devant la maison chantèrent des chants m élancoliques pour accompagner l'envol de leur maître qui avait été si bon avec eux, malgré l'absurdité de leur condition.

 

- " D..Dagmar...dites-lui..dites-lui que je l'ais voulu et qu'il doit espérer et attendre que le monde change.."

- " Edouard..Ne me laissez pas..Je vous en prie ! J'ai besoin de vous ! Edouard ! Edouard ! "

- " Laissez-moi partir...Ma chérie..."

- " Edouard ! Edouard ! "

 

Les esclaves racontèrent qu'il n'y eut jour plus triste à Oak alley, où l'on vit cette jeune femme au gros ventre, ceinturée dans sa robe noire qui dénotait avec la vie qui grandissait en elle. Non, il n'y eut rien de plus triste ici...que le jour où le maître De Condé fut enterré, pleuré par une veuve même pas veuve qui portait son enfant.

 

Richard Alexander O'Malley De Condé naquit le 10 Octobre 1736, accueillit par les chants des esclaves. Il ressemblait étrangement à son père, et avait hérité des yeux tristes de sa mère.

Dagmar pleura à jamais Edouard De Condé et se consacra à l'éducation de leur fils. Elle voulait qu'il sache qui était son père. Il grandit avec le fantôme de ce dernier.

Alors que la colonie devint la capitale économique de la Louisiane, Dagmar décida de quitter la Nouvelle-Orléans avec son fils ; Elle retournait en France. Elle voulait lui faire connaitre son pays natal, sa grand-mère, son histoire. Edouard avait acheté une propriété en Provence, au cas où la situation de la région deviendrait critique. Elle ne voulait pas s'éloigner de lui, encore moins éloigner son fils de son père, mais partager leur vie entre ces deux rives.

Au début du printemps 1740, un cortège d'individus, composé d'une femme voilée tenant un enfant, deux esclaves et une domestique blanche montèrent à bord du "Fontainebleau"( ironie du sort?), accueillis par le même Capitaine sept ans plus tôt. Cette fois-ci, ce dernier ne vit pas une reine, mais une Mère certaine de son pas.

 

DILEMMA

19.09.2006

LA REINE

Acte 6

 

A partir du jour où cet accord fut passé entre Dagmar et Maxence, l'atmosphère de la demeure changea complètement..enfin presque...: La jeune maîtresse ne restait plus enfermée dans ses appartements, et s'investissait complètement dans la gestion de la maison. Les domestiques et les esclaves ne se sentaient plus sous pression, car la jeune femme n'était pas aussi cruelle que le maître. Néanmoins, ils avaient tous peur d'un changement subit, un changement qui pourrait dégrader leur existence déjà malmenée.Ce changement vint sous la forme exquise d'une invitation. En effet, après plusieurs mois à collectionner les amants les plus illustres de la ville Dagmar s'était forgée une fameuse réputation. Cette célébrité lui valut le surnom de la Reine ; et un des hommes les plus riches de la région voulait avoir cette souveraine dans son lit à n'importe quel prix. Il s'agissait d' Edouard De Condé, propriétaire d'une des plus belles plantations du pays : Oak Alley.

La jeune femme accueillit l'invitation froidement, comme toutes les précédentes, car elle avait endossé cette armure d'indifférence, incassable semblait-elle afin de repousser le dégoût et engendrer le courage de mener l'existence qu'elle avait choisi. Mais Maxence fut abasourdi par une opportunité pareille, et semblait être pris d'une fébrilité précieuse à l'idée des retombées pour lui. En un mot il était bien plus ravi que la première concernée !

 

- " Tu te rends compte ! Nous ne pouvions espérer pareille occasion ! Edouard De Condé en personne, qui nous invite dans sa célèbre plantation !! Je n'ais jamais réussis à pénétrer dans son cercle, réputé pour être un des plus fermé ! Et toi... Et toi , en un tour de magie, tu réussis à y pénétrer ! Te rends-tu bien compte de cette chance, pour..nous..."

- " Non je ne me rend pas compte, mais à voir votre exitation, je suppose que cela signifie beaucoup d'argent et de relations comme bénéfice...Parlez-moi plus précisemment de ce Monsieur."

- " Et bien, c'est un colon français arrivé dans la région il y a quelques années, il a acquit plusieurs hectares de terre, dont le terrain où fut construite sa demeure. C'est un lieu exceptionnel ! Il est veuf, sans enfant. A ce qu'on raconte, il est amateur de belles femmes de tous genres. Et la moitié des putains de la Nouvelle-Orléans prétend porter son enfant ! "

 

Dagmar n'écoutait déjà plus les dires de son interlocuteur, elle s'asseya à son secrétaire pour rédiger une réponse :

 

" Monsieur,

Je suis honorée d'être votre hôte durant ce week-end de réjouissances."

DAGMAR

 

- " Dans trois jours, nous serons chez vous, Monsieur De Condé ..." ricana infantilement De Séville.

 

Afin de fêter l'arrivée de cette occasion , il se laissa bercer par la douceur d'une bouteille de wisky.

La jeune maîtresse avait regagné ses appartements depuis longtemps.

 

Alors que la nuit trottait d'un pas doux dans la brume naissante des bayous et venait caresser le sommeil sans rêve de Dagmar, Maxence se réveilla brusquement, violenté par ses habituels démons, drogué par l'alcool qui lui tambourinait les tympans d'une violente cacophonie. Sa folle et pitoyable errance, l'amena près de la chambre de sa soeur. Ensommeillé par le vice qui naissait entre ses reins, mais qui lui procurait néanmoins un absolu désir pervers, il poussa doucement la porte et se tint près de la couche de la jeune femme qui dormait profondemment. Il détacha sa culotte et brandit son sexe avide du corps de son propre sang.Il s'appliqua silencieusement à écarter les cuisses de la belle afin de voler une deuxième fois la vie de sa victime. L'homme se préparait à introduire sa verge criminelle, dans l'intimité vulnérable, lorsque subitement une dague froide, collée sur la carotide de son cou, stoppa net sa sale besogne : Dagmar, dont cette amie se cachait sous son oreiller, pressa de plus belle l'arme :

 

- " N'y penser même pas, Monsieur. Vous m'avez eu une fois, pas la seconde, ou je vous saigne comme un porc"

 

Figé par l'habileté et la rapidité de la jeune femme, De Séville perdait ses moyens.

 

- " Tu n'oseras pas.."

- " Ne me tentez pas, Monsieur...Allez fêter avec vos habituelles putains, votre futur succès. Ici, il n'y a plus rien pour vous. Ne me tentez pas... Je n'ais plus rien à perdre."

 

Cette dernière phrase fit tressaillir l'homme, qui se releva vexé et en colère devant sa défaite.

Dagmar brandissait encore l'arme, longtemps après le départ de son agresseur.

Elle savait que sa victoire n'en était pas une et que tôt ou tard, Maxence lui fera payer cette humiliation. Mais à sa grande surprise, malgré la torture que lui infligeait son ventre, elle se rendit compte, qu'elle n'avait plus peur de lui.

 

Durant les trois jours qui précédèrent le départ à Oak Alley, De Séville ne montra pas le bout de son nez, qui, sans aucun doute croupissait dans quelques bordels de la ville. Il réapparu au moment même où Dagmar s'apprêtait à monter dans sa voiture en direction de La Vacherie, lieu où se trouvait la plantation.

Le domaine de Condé était situé entre la nouvelle-Orléans et Baton Rouge, en pleine région rurale bien sûr. La jeune femme accompagnée de la fidèle Julia, ne se lassait pas des magnifiques paysages qui déroulaient sous ses yeux profanes : Des plantations de Canne à sucre et leur maison aux robustes colonnes blanchies, des champs à perte de vue, endormis par ce doux hiver, une campagne inconnue qui la faisait sourire, grâce à sa fraicheur, beauté, qui lui insufflait un vent exquis de liberté.

Après quelques heures, le voyage s'acheva au 3645 Highway 18, La Vacherie. La voiture emprunta un long et droit chemin bordé de chaque côté par des chênes, qui commencaient à former une voûte naturelle, comme pour prévenir le visiteur de la violente beauté à laquelle il devra faire face. Cette violence éclata au visage de la jeune femme, envahit ses entrailles pour ne plus jamais en sortir. En effet, au bout du chemin, se dressait, majestueuse et impertinente, la demeure de leur hôte. C'était une très vaste bâtisse blanche à deux étages, entourée entièrement d'un balcon vert. De grosses colonnes blanches, identiques à celles des temples grecs asseyaient la monarchie de la Dame. L'arrivante vit la silhouette d'un homme sur le perron. En descendant de la voiture, ce dernier vint à la rencontre des visiteurs et se dévoila : il était jeune, environ 33 ans, grand, assez bel homme.

 

- " Edouard de Condé. Je suis heureux de vous accueillir chez moi."

 

Il baisa la main de la jeune femme, intimidée malgré tout par la stature de son hôte. Il entrainait déjà Dagmar à l'intérieur lorsque Maxence leur emboita le pas.

 

- " Cher Monsieur De Séville, c'est donc à vous que je dois la venue et l'apparition de tant de beauté dans ma maison. Je serais ravi que nous discutions un peu plus tard dans mon bureau.. En attendant, mes domestiques vont vous conduire à vos appartements."

 

Après s'être reposée et rafraichie, Dagmar fut priée de rejoindre De Condé sur le balcon arrière.

 

- " Voulez-vous visiter mon domaine, Madame ? "

- " Avec plaisir, Monsieur."

 

Ils empruntèrent le majestueux double escalier qui habillait l'arrière de la maison ; Là, Dagmar put profiter à loisir de la beauté et de l'immensité du jardin, où fleurs, plantes et arbres dansaient follement mais avec discipline dans cet espace hors norme.

Au loin, elle vit différentes petites habitations qui servaient probablement de résidence aux contremaîtres et autres employés de De Condé. Ils marchèrent un peu plus loin afin de profiter de la brume qui enveloppait timidement les grands chênes parsemés sur une partie du terrain. Vers la droite, il y avait des rangées de petites cases blanchies à la chaux, amassés en rang, d',où l'on pouvait entendre une douce et mélancolique musique.

 

- " Qu'est-ce que c'est ? "

- " C'est le quartier de mes esclaves."

 

La jeune femme fut choquée par cette réponse et se reprocha sa naïveté. Malgré le charme et les bonnes manières de l'homme, elle ne put s'empêcher d'être dégoutée un peu par la situation. Voyant qu'elle ne disait plus un mot, ce dernier reprit :

 

- " Qu'avez-vous ? Ais-je dis ou fait quelque chose qui vous a blessé ? "

- " Non, Monsieur.. Continuons cette visite..."

 

Il s'arrêta.

 

- " Dites-moi, s'il vous plait..." dit -il en la perçant de son regard vert.

- " Vos esclaves.... Je.. C'est la première fois que je suis directement confrontée...vous comprenez..Je..."

- " Je comprend...Mais...Vous savez, je les traite bien...Et j'ai déjà émancipé certains. Mais là, est une autre affaire ! Ne gâchons pas le week end avec des conversations sérieuses et facheuses ! Venez ! "

 

Il la prit par la main, et lui expliqua les anecdotes du domaine :

 

- " Voyez, il y a 28 chênes qui bordent l'allée centrale, ainsi que 28 colonnes...Un jour, je vous expliquerais la signification de ce calcul... "

 

Ses débuts, sa mélancolie, son enfance :

 

- " Je ne regrette pas d'avoir quitté la France et d'avoir tenté l'aventure ici. "

 

Leur conversation dura jusqu'à l'heure du souper.

Dagmar ne comprenait pas pourquoi elle avait cette étrange sensation, qui lui chatouillait le ventre et lui donnait des sueurs froides. Néanmoins, pour la première fois, depuis sa venue dans ce pays, elle avait la conviction de s'être fait un ami, un allié ; elle aimait ce qu'il déclenchait en elle...Il lui faisait oublier qu'elle était La Reine..Une putain grand luxe.

 

 

DILEMMA

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