03.08.2006
LA REINE
Acte 5
Le lendemain matin, Julia et Maty pénétrèrent dans la chambre de Dagmar afin de se rendre compte de son état. Le tableau qu'elles eurent sous les yeux, les remplit de tristesse : Leur maîtresse était allongée, raide et les bras le long du corps. Ses cheveux éparses sur l'oreiller dégageaient son visage blême, où on pouvait apercevoir quelques contusions. Ses yeux plongés dans le vide, étaient immobilement morbides. Une morte.
- " Mon dieu, mon dieu, regarde-la Julia ! On dirait une zombie égarée ! Mon dieu ! "
Maty effarée par ce triste spectacle, tournait autour du lit à la recherche d'une petite lueur de vie, dans les yeux de la jeune fille.
- " Mademoiselle... Vous m'entendez ? Mademoiselle...Serrez ma main, si vous m'entendez."
Julia eu beau essayer, mais Dagmar ne manifesta aucun signe.
Les deux femmes répétèrent les gestes de la veille, à savoir laver, frictionner et habiller leur jeune maîtresse. Elles usèrent d'ingéniosité, pour faire avaler du bouillon à l'enfant afin qu'elle ne se laisse pas mourir de faim.
Cette routine dura pendant quinze jours. Quinze jours, pendant lesquels les deux fidèles domestiques se relayèrent au chevet de Dagmar. Quinze jours pendant lesquels, elle resta catatonique.
Durant cette période, Maxence De Séville avait quitté la demeure et s'était réfugié dans un bordel de sa connaissance, où il étanchait sa soif avec l'alcool et se rassasiait du corps des putains qui se succédaient dans son lit, comme pour excuser ou oublier l'infamie qu'il avait commis. Il se doutait que Dagmar aurait besoin de repos, et était mis au courant de tout grâce à son fidèle bras droit, Gustave.
Un matin, alors que Julia entra comme à l'accoutumée dans les appartements de sa maîtresse, elle fut saisie de voir cette dernière assise près des grandes fenêtres : elle observait le jardin.
" Bonjour Mademoiselle.. Je.. Je suis si heureuse de vous voir debout ! C'est Maty qui va être contente ! "
- " Bonjour..Julia...Quel jour sommes-nous ? "
- " Oh.. Nous sommes le Vendredi 14 Septembre....Je vais vous cherchez un plateau... Il faut reprendre des forces."
Le jeune femme était si heureuse de voir sa maîtresse ainsi, qu'elle couru annoncer la bonne nouvelle à Maty, qui chargea à ras bord le plateau pour sa "Mamzelle".
Alors qu'elle picorait timidement son petit-déjeuner, sous les yeux protecteurs de sa femme de chambre, Dagmar se mit à parler :
- " Julia... Où est Monsieur ? "
- "... Il.. Il est partit il y a environ quinze jours..Gustave vient s'assurer du bon fonctionnement de la maison."
- " Merci.. "
- " Mademoiselle.. Permettez-moi de vous parler franchement..."
- " Je t'écoute...Vas-y parle.."
- " Alors, qu'ont vous soignaient, vous..vous avez dit une chose...une chose grave..."
- "Oui ?...N'ais pas peur...Parle donc..."
- " Vous avez parlé de votre frère....et..."
- " Assied-toi... Je vais te confier un secret..Julia....Et tu vas comprendre ce que j'ai dit...Ma mère est originaire d'une île dans les caraïbes et, elle a été vendue à un planteur francais qui habitait là-bas , Monsieur Théophile de Séville...Ce dernier, quitta les Caraïbes et s'installa avec sa femme et son fils de de 17 ans. Ma mère fut une esclave pour l'intérieur. Mais 3 ans après, elle était enceinte et me mit au monde.. La maisonnée s'étonna de la pâleur de ma peau, et tous comprirent bien vite qui était le père de l'enfant...Madame de Séville ne supporta pas cette " négresse et son infame enfant" sous son toît et pria son mari de se débarrasser d'eux. Ce fut le fils du couple...Maxence de Séville qui se chargea de la vente. Mais au lieu d'honorer cela, il nous installa ma mère et moi dans un hôtel particulier isolé, où il prie en charge toutes les dépenses et où je fus élevée loin de la calomnie et de la haine du monde. Le jeune maître parlait à ma mère comme à une égale, et je compris très tard la notion d'esclavage. Il venait chaque semaine nous visiter et m'apporter de somptueux cadeaux...Après la mort de ses parents et étant l'unique héritier, Maxence nous fit revenir au domaine famillale, où mon éducation continua et où ma mère fut l'intendante. J'ai été élevée comme n'importe quelle jeune fille de bonne famille, oubliant et ne faisant pas cas de ma couleur de peau. D'ailleurs personne dans le domaine n'en faisait cas..sous les directives du jeune maître...certainement... Vois-tu Julia... Je comprends beaucoup de choses aujourd'hui, surtout le fait que ma mère était complice de mon bourreau ! car elle m'a élevé sous ses ordres, dans la perspective que je devienne une reine...d'ici ou là... Oui..Ma petite Julia...Maxence De Séville est bel et bien mon frère... Le même sang coule dans nos veines et désormais la même pourriture dont il m'a contaminé, en me prenant comme une vulgaire catin ! "
Elle ne pleura pas... elle ne pleura plus, car elle avait décidé de ne plus laisser couler ses larmes. Pendant ces quinze jours, elle n'avait cessé de réfléchir et maintenant..Elle était décidée.
- " Je..suis désolée Mademoiselle..."
- " N'en parlons plus..Je te fais confiance, ainsi qu'à Maty, car vous m'avez soigné. Je ne l'oublierais pas."
Une semaine passa, où Dagmar se remit d'aplomb. Les bleus avaient disparu, et elle n'avait plus mal au corps. Elle avait retrouvé sa beauté, son éclat, et elle le savait. Un après-midi, alors que Marie lui servait une tisane, elle lui tendit une missive en disant :
- " Donne cela à un des valets. Qu'il le porte à Monsieur De Séville. "
- " Bien, Mademoiselle."
" Monsieur,
Je souhaite m'entretenir avec vous, au plus vite."
DAGMAR.
Lorsque Maxence eu la lettre entre les mains, il fit immédiatement sceller son cheval. Arrivé dans sa demeure, Marie lui dit que Mademoiselle l'attendait dans la bibliothèque.
De Séville fut saisit lorsqu'il entra dans la pièce : Il eu presque du mal à reconnaitre la jeune femme qui se tenait devant lui, tant son visage était grave et froid ; Pourtant l'éclat de sa beauté n'avait fait qu'augmenter. Ce n'était plus une timide jeune fille qui le dévisageait, mais une jeune femme, qui avait grandit en l'espace de quelques jours. Il en fut destabilisé. Le ton agressif qu'il employa le confirmait :
- " Tu m'as fait appeler ? Pourquoi, je te prie ? "
- " Parce que je voudrais que l'on discute tout simplement."
- " Et à propos de quoi ? "
- " A propos de tout. J'ai eu beaucoup de temps pour réfléchir, vous vous en doutez...Et je suis parvenue à cette conclusion : Il est un fait que je suis maintenant exilée et sous votre coupe en quelque sorte. Sachant ce que vous attendez de moi, j'ai décidé de ne plus m'opposer à cette idée : finies les crises puériles, et l'enfance rebelle."
- " Oh ! Je suis étonné mais néanmoins aise d'entendre cela, et.."
- " Ne vous-y trompez pas. Ce sera sous certaines conditions."
- " Tu n'es pas en mesure de poser des conditions ! " cria l'homme
- " Vous croyez ? "
Le ton ironique de Dagmar, figea Maxence.
- " Croyez-vous, que vous ne perdrez pas des clients fortunés au fil de mes crises en public ? Qu' adviendra t-il de votre réputation, de vos projets et de votre destinée grandiose ? Tout cela ne survivra pas à mes scandales et à ma rebellion devant ces hommes qui payent cher pour être dans mon lit ! "
- " Je te fouetterais ! "
- " Vous déraisonnez, monsieur : les marques sur mon corps n'arrangeront pas vos affaires. Et sachez que, désormais, les coups, l'humiliation et la force ne me font pas peur."
Le maître n'en revenait pas. Il était abasourdi par cette créature nouvelle qui ouvrait ses ailes avec impertinence. Loin d'être idiot, il savait que ce changement d'attitude était inespéré. Les demandeurs se pressaient, et il se confondait en excuses.
- " Soit, que veux-tu ? "
La jeune femme se rapprocha de lui.
- " Tout d'abord, nous serons comme des associés : Vous ramenez le client et le reste est mon affaire. Je veux avoir le droit de choisir les hommes qui partageront ma couche. Il n'est plus question de me tenir enfermée, je veux pouvoir sortir quand je le souhaite, car Monsieur, l'appât du gain est devenu plus fort que mon envie de fuir. Je veux avoir un regard sur les comptes, et disposer à mon aise de la demeure, comme une parfaite maîtresse de maison. Bien sûr je désire avoir 50% des bénéfices."
- "....Bien...tout cela me paraît censé....De toute façon.. Je n'ais plus rien à perdre."
- " Il est de même pour moi : Je n'ais rien à perdre. Alors ? Acceptez-vous ces conditions ? "
- " J'accepte ! "
Dagmar souffla de soulagement. Plus rien ne lui importait, car à défaut d'être une femme heureuse, elle avait décidé d'être une des plus riches du pays. Elle avait soif de conquérir, comme pour maîtriser désormais, ce qui l'entourait.
DILEMMA
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